Manifestations à Gaza : Israël doit s’abstenir de faire un usage « excessif » de la force (HCDH)

27 avril 2018

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a exhorté vendredi Israël à empêcher l’usage « excessif » de la force contre les manifestants palestiniens à Gaza et demandé que les responsables soient tenus comptables de leurs actions.

Selon le Bureau des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH), 42 Palestiniens ont été tués au cours des quatre dernières semaines le long de la barrière séparant Gaza d’Israël et plus de 5.500 ont été blessés dont 1.739 par des munitions réelles tirées par les Forces de sécurité israéliennes.

« Chaque semaine, nous assistons à des exemples de recours à la force létale contre des manifestants désarmés », a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein dans un communiqué. Des dizaines de milliers de Palestiniens de la bande de Gaza se rassemblent chaque vendredi depuis fin mars pour revendiquer le droit des Palestiniens à retourner sur les terres dont ils ont été chassés ou qu’ils ont fuies à la création d’Israël en 1948.

Parmi les Palestiniens tués figurent quatre adolescents « dont trois enfants tués par une balle dans la tête ou le cou ». En outre, 233 enfants ont été blessés par des balles réelles, avec des lésions qui se traduiront par des incapacités permanentes, notamment par l’amputation des membres.

« Il est difficile d’imaginer que des enfants, même ceux lançant des pierres, puissent constituer une menace de mort imminente ou de blessure grave pour des membres des forces de sécurité lourdement protégés », a ajouté le Haut-Commissaire, tout en se référant au cas de Mohammad Ayyoub, 14 ans, qui a été tué d’une balle dans la tête le 20 avril dernier.

Des décès qui pourraient constituer des assassinats délibérés de civils

Le Haut-Commissaire a regretté que les avertissements des Nations Unies et d’autres soient apparemment restés lettre morte, « car l’approche des forces de sécurité de semaine en semaine ne semble pas avoir changé », a-t-il dit.

De plus, les services du Haut-Commissaire notent que beaucoup de ceux qui cherchent un traitement à l’extérieur de Gaza se sont vu refuser par Israël la permission de partir, ce qui a aggravé les souffrances. « Ces morts pourraient constituer des assassinats délibérés de civils, en violation flagrante de la quatrième Convention de Genève, par laquelle Israël est lié en tant que puissance occupante », a dit M. Zeid.

« Pour les nombreux autres meurtres présumés de civils non armés par les forces de sécurité israéliennes qui se déroulent hors caméra, il semble y avoir peu ou pas d’efforts pour appliquer l’Etat de droit », a regretté le Haut-Commissaire. Pour le HCDH, les morts et les blessés survenus à Gaza au cours des dernières semaines soulignent également l’importance une solide structure d’obligation redditionnelle pour tout crime présumé, comme l’a souligné le Secrétaire général lorsqu’il a appelé à une enquête indépendante et transparente sur les assassinats récents.

Dans ces conditions, Zeid Ra’ad Al Hussein estime que « chaque pays a l’obligation au nom des droits de l’Homme de s’assurer que tout décès et blessure grave fassent l’objet d’une enquête et que les responsables répondent de leurs actes devant la loi ».

« Malheureusement, dans le contexte de ce conflit éternel, des enquêtes sérieuses semblent être menées uniquement lorsque des preuves vidéo ont été rassemblées de façon indépendante », a rappelé M. Zeid, reprochant au gouvernement israélien, son « incapacité » à poursuivre ces violations et d’« encourager » ses forces de sécurité à recourir à la force létale contre « des êtres humains désarmés, même s’ils ne représentent pas de menace ».

En conclusion, M. Zeid a exprimé sa vive préoccupation par le fait qu’à la fin de la journée, et les vendredis à venir synonymes de jour traditionnel de protestations, plus de Palestiniens seraient tués, simplement parce qu’ils se seraient approchés d’une barrière en exerçant leur droit de manifester.

« Ces tendances remettent en question dans quelle mesure les règles d’engagement des Forces de sécurité israélienne, qui ne sont pas publiques, sont-elles conformes au droit international, ou du moins à quel degré elles respectent ses propres règles », a fait remarquer le chef des droits de l’homme de l’ONU.

 

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