L’ONU alerte sur la menace croissante de l’utilisation d’armes nucléaires

23 avril 2018

« Le monde d’aujourd’hui fait face à des défis similaires au contexte qui a donné naissance au TNP, il y a 50 ans », a mis en garde la responsable du désarmement des Nations Unies, Izumi Nakamitsu, à l’ouverture ce lundi à Genève du Comité préparatoire de la Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) prévue en 2020.

Selon la Haut-Représentante pour les affaires de désarmement de l’ONU, « la menace de l’utilisation - intentionnelle ou non – des armes nucléaires augmente » et elle subsistera « tant que les armes nucléaires continueront d’exister dans les arsenaux nationaux ».

« L’environnement géopolitique se détériore », a-t-elle déclaré. « Les discours sur la nécessité et l’utilité des armes nucléaires sont de plus en plus nombreux. Les programmes de modernisation des Etats dotés d’armes nucléaires conduisent à ce que beaucoup considèrent comme une nouvelle course aux armements qualitative », a-t-elle ajouté. Au cours des sept dernières décennies et jusqu’à une date récente, les grandes puissances étaient engagées dans des négociations permanentes et successives sur le contrôle des armements et le désarmement.

Pourtant Izumi Nakamitsu évoque désormais « un hiatus regrettable dans ces efforts » et qu’à moins d’inverser cette tendance, il y a le risque de revenir bientôt à « une situation où il n’y a pas de contraintes vérifiées sur les arsenaux nucléaires ».

La conférence préparatoire intervient alors que la République populaire et démocratique de Corée (RPDC), qui s’est retirée du TNP en 2003, a annoncé qu’elle cessait ses essais nucléaires et les lancements de missiles balistiques intercontinentaux. Izumi Nakamitsu a salué cette annonce et espéré que ces développements « contribueront à bâtir la confiance et à préserver un climat propice à un dialogue et à des négociations sincères ». « Heureusement, toutes les situations actuelles de non-prolifération nucléaire et de désarmement ne sont pas toutes aussi sombres », a-t-elle ajouté.

L’ONU appelle à préserver l’accord sur l’Iran

« Le Secrétaire général s’est félicité des récents développements positifs survenus dans la péninsule coréenne, notamment le réengagement de la RPDC à la dénucléarisation, la création d’une permanence téléphonique intercoréenne et les mesures prises pour améliorer les relations entre Séoul et Pyongyang », a-t-elle fait remarquer, non sans rappeler que le chef de l’ONU espère que le Sommet intercoréen aboutira à un résultat positif et espère un accord rapide sur un cadre pour la reprise des négociations menant à une dénucléarisation vérifiable et à une paix durable dans la péninsule coréenne.

S’agissant du dossier iranien, Izumi Nakamitsu a appelé tous les acteurs à « rester entièrement engagés » pour sa mise en œuvre du Plan d’action global commun qui a été signé le 14 juillet 2015 à Vienne, en Autriche, entre l’Iran et la Chine, les États-Unis, la Fédération de Russie, la France et le Royaume-Uni -les cinq membres permanents du Conseil de sécurité- mais aussi l’Allemagne et l’Union européenne.

L’accord iranien reste « le meilleur moyen de garantir la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire » de ce pays et d’aboutir à des bénéfices économiques « tangibles promis au peuple iranien », a-t-elle ajouté. Elle a appelé tous les participants à préserver « sur le long terme » cet arrangement iranien.

Une nouvelle initiative sur le désarmement mondial

La responsable du désarmement à l’ONU a indiqué que le Secrétaire général des Nations Unies annoncerait prochainement un nouveau plan d’action pour le désarmement.

« Il cherchera à identifier les domaines dans lesquels des efforts plus cohérents et concertés au sein du système des Nations Unies peuvent mieux soutenir les responsabilités des États membres en matière de progrès du désarmement », a-t-elle déclaré.

En ce qui concerne les armes nucléaires, le Secrétaire général étudie comment il peut utiliser son autorité morale pour soutenir nos valeurs communes contre les armes nucléaires, y compris contre toute prolifération, tout test ou toute utilisation. Il a également l’intention de chercher des moyens de faciliter la reprise du dialogue sur le contrôle stratégique des armements et le désarmement, ainsi que la promotion de mesures concrètes pour préparer un monde exempt d’armes nucléaires.

En attendant, l’ONU attend que des efforts soient entrepris lors des travaux du Comité préparatoire du TNP à Genève. « Parce qu’un TNP fort et crédible est essentiel pour renforcer notre sécurité collective en tant que communauté internationale », a insisté Mme Nakamitsu qui invite les Etats à agir sans tarder car « 2020 ne sera que dans deux ans et un succès passe par une action immédiate ». Selon la Haut-Représentante, tous les États parties ont l’obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la pleine mise en œuvre et la santé future du TNP.

Pour les Nations Unies, près d’un demi-siècle après son entrée en vigueur, le TNP a dépassé son objectif initial et est devenu une composante essentielle de notre architecture internationale - la pierre angulaire du régime de non-prolifération et un cadre essentiel pour la poursuite du désarmement nucléaire. Mais cet engagement pour l’un des instruments de sécurité multilatérale les plus efficaces et les plus crédibles, était « le résultat des craintes suscitées par l’impact de la prolifération nucléaire sur les efforts de désarmement et de la nécessité de prendre d’urgence des mesures efficaces pour faciliter la poursuite des étapes menant à l’élimination des arsenaux nucléaires. « Ce succès et cette crédibilité ne peuvent et ne doivent pas être tenus pour acquis », a conclu la responsable du désarmement à l’ONU.

 

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