Syrie : devant le Conseil de sécurité réuni d'urgence, António Guterres réitère son appel à la retenue

14 avril 2018

Devant le Conseil de sécurité réuni samedi matin d'urgence, après les frappes aériennes effectuées plus tôt en Syrie par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, le Secrétaire général a une nouvelle fois exhorté tous les États Membres à faire preuve de retenue et à éviter tout acte qui pourrait aggraver la situation.

« La Syrie représente aujourd'hui la menace la plus sérieuse pour la paix et la sécurité internationales», a déclaré en fin de matin, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité, António Guterres tout en réaffirmant «la nécessité d'éviter que la situation ne devienne incontrôlable ».

Il a appelé les membres du Conseil de sécurité à s'unir et à exercer leur responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, conformément à la Charte des Nations Unies.

« J'ai suivi de près les informations faisant état de frappes aériennes en Syrie menées par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni », a déclaré le Secrétaire général, notant que les trois États avait indiqué que leur objectif était de cibler les capacités d'armes chimiques du gouvernement syrien et de décourager leur utilisation future.

Selon les informations disponibles, les frappes aériennes auraient été limitées à trois emplacements militaires à l'intérieur de la Syrie, a indiqué le chef de l’ONU. La première cible comprenait le Centre d'études et de recherches scientifiques syriennes à l'aéroport al-Mazzah de Damas; la seconde, une installation présumée de stockage d'armes chimiques à l'ouest de Homs; et le troisième - un présumé site de stockage d'armes chimiques et un poste de commandement, également près de Homs.

António Guterres a aussi précisé que le gouvernement syrien avait annoncé une activité de réponse aux missiles sol-air. Par ailleurs, des sources américaines et russes ont indiqué qu'il n'y avait pas de victimes civiles.

Il  a fait valoir qu’en l’état, l'ONU est incapable de vérifier de manière indépendante les détails de tous ces rapports.

Toute utilisation d'armes chimiques est odieuse

Le Secrétaire général a rappelé qu’il a exprimé à plusieurs reprises sa profonde déception devant le fait que le Conseil de sécurité n'ait pas réussi à se mettre d'accord sur un mécanisme dédié à la responsabilisation effective en matière d'utilisation d'armes chimiques en Syrie.

« Toute utilisation d'armes chimiques est odieuse. La souffrance qu'elle cause est horrible », a-t-il affirmé, avant d’exhorter le Conseil de sécurité à assumer ses responsabilités et à combler cette lacune. Selon lui, un manque de responsabilisation encourage ceux qui utiliseraient de telles armes en leur donnant l'assurance de l'impunité. De plus, cela affaiblit la norme interdisant l'utilisation d'armes chimiques et l'architecture internationale de désarmement et de non-prolifération dans son ensemble.

Par ailleurs, António Guterres a estimé que la gravité des récentes allégations d'utilisation d'armes chimiques à Douma nécessite une enquête approfondie faisant appel à une expertise impartiale, indépendante et professionnelle. En ce sens, il a réaffirmé son plein appui à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) et à sa mission d'établissement des faits chargée de mener l'enquête requise.

Déplorant les souffrances endurées depuis huit ans par le peuple syrien, le chef de l’ONU a également réitéré sa conviction selon laquelle seule une solution politique permettra de mettre un terme à la crise.

« Nous devons trouver des moyens de progresser de manière crédible vers une solution politique réelle et crédible qui réponde aux aspirations du peuple syrien à la dignité et à la liberté, conformément à la résolution 2254 et au communiqué de Genève », a-t-il conclu.

A noter que les 15 représentants des États Membres du Conseil de sécurité ainsi que l'ambassadeur de la Syrie ont aussi pris la parole lors de cette réunion.

A l'issue de ces interventions, le Conseil de sécurité s'est prononcé sur un projet de résolution présenté par la Fédération de Russie. Le projet a recueilli trois voix pour, huit voix contre et quatre absentions. Le projet de résolution n'a donc pas été adopté.