Economie : les approches à court-terme empêchent le progrès pour des centaines de millions de personnes (ONU)

13 avril 2018

La grande majorité des investissements reste orientée à court terme et les engagements de la communauté internationale pour créer des économies durables ne sont pas atteints, a déploré vendredi l’ONU.

Si l'économie mondiale connaît une reprise modérée et l'élan autour de l'investissement durable est en croissance, les perspectives d'environ 800 millions de personnes les plus pauvres dans le monde restent désastreuses, prévient le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA) dans un dernier rapport.

L’ONU souligne que l’intérêt pour l'investissement socialement responsable est croissant mais qu’il ne remplace pas une transformation plus large du système financier. Le rapport de DESA indique que le système actuel récompense les investisseurs, les financiers et les gestionnaires de projets qui privilégient les profits à court terme. De même, les décideurs sont excessivement concentrés sur des considérations à court terme. Mais cette approche a un prix. Les projets d'infrastructure sont mis de côté en faveur de priorités à court terme. Les petites entreprises et les femmes restent exclues du système financier.

« Les bonnes nouvelles économiques dans certaines régions masquent le risque très réel que les plus pauvres soient laissés pour compte », a déclaré Liu Zhenmin, le chef des affaires économiques et sociales de l’ONU. « Si nous n'investissons pas dans des projets d'infrastructure comme les ponts, les routes et les égouts, si les plus pauvres et les femmes sont privés d'accès au crédit et aux autres services financiers, nous avons peu de chances d'atteindre nos objectifs mondiaux ».

Une approche à court terme rend les économies plus vulnérables

Selon l’ONU, l'absence de perspectives d'investissement à long terme signifie également que les risques majeurs, tels que ceux liés au changement climatique, ne sont pas pris en compte dans les prises de décisions.

Le rapport de DESA préconise une approche à plusieurs facettes. Cela inclut l'évolution des pratiques de paiement : la rémunération des conseillers financiers et des gestionnaires de portefeuille est trop souvent liée à des résultats à court terme. Une plus grande transparence est également utile : certains pays exigent désormais que toutes les sociétés cotées divulguent les risques financiers auxquels elles sont exposées du fait du changement climatique.

Des politiques à courte vue se traduisent également par un manque d'accès au financement pour les pays qui en ont un besoin urgent. Le soutien aux pays touchés par les catastrophes est souvent trop faible, et arrive trop tard. Il existe des instruments financiers novateurs qui permettent un accès plus rapide au financement. Les pays peuvent mettre en place des mécanismes de type assurance, et la communauté internationale peut soutenir ceux qui ne peuvent pas se permettre de payer des primes. Les prêts peuvent être mis en place pour réduire les remboursements automatiquement pendant les crises. Mais jusqu'à présent, les principaux bailleurs de fonds n'ont pas repris ces outils prometteurs.

Le rapport souligne que dans les pays donateurs, les dirigeants politiques doivent faire davantage pour respecter leur engagement à fournir une assistance financière aux pays les plus vulnérables.

Les changements technologiques pourraient entraîner des pertes d'emplois

L’ONU reconnait que les nouvelles technologies présentent des opportunités illimitées. Cependant, en analysant le potentiel des nouvelles technologies, le rapport avertit que le pouvoir de transformation de la technologie soulève des défis et des risques éthiques, socioéconomiques et relatifs aux droits humains complexes. À court terme, les changements technologiques pourraient entraîner des pertes d'emplois et une polarisation accrue sur les marchés du travail.

Le rapport préconise l'adoption d'une perspective à long terme et invite les gouvernements à faire des investissements complémentaires, à renforcer la protection sociale et à élaborer d'urgence des cadres réglementaires afin que les avantages du changement technologique soient largement partagés et que soient traitées les questions des risques à la vie privée, de la protection des données et de la stabilité et de l’intégrité financières.

« Le monde a les ressources pour fournir (des résultats), mais elles ne sont pas allouées là où elles sont le plus nécessaires », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, dans l'avant-propos du rapport de DESA. « Les choix que nous faisons maintenant en matière de financement seront déterminants ».

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