Syrie : « combien d’enfants syriens devront encore mourir cette année des violences ? »

13 mars 2018

Alors que le conflit en Syrie entre jeudi dans sa huitième année, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a tenu pour la première fois mardi un débat de haut niveau sur les violations des droits des enfants dans le pays.

A cette occasion, la Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l'homme, Kate Gilmore, a rappelé que le conflit syrien a tué 400.000 personnes et en a blessé plus de 1 million. Selon Mme Gilmore, ce conflit a non seulement nié les droits humains fondamentaux des enfants, mais leur a également volé leur enfance.

Près des deux tiers des enfants de Syrie ont besoin d’assistance humanitaire, plus d’un million vivent dans des zones difficiles d’accès, et la moitié des déplacés internes sont des enfants, a indiqué la Haut-Commissaire adjointe. Elle a assuré que ces violations sont commises par les autorités syriennes et par des groupes armés et que la situation avait encore empiré en 2017 avec une escalade du conflit et le nombre de violations vérifiées des droits des enfants le plus élevé depuis 2012.

« Combien d’enfants syriens devront encore mourir cette année des violences ? » a demandé Mme Gilmore, dénonçant l’échec de la communauté internationale dans la protection des civils, et en particulier des enfants. la Haut-Commissaire adjointe a exhorté le Conseil à renouveler le mandat de la Commission d’enquête indépendante en Syrie et l’a encouragé à renvoyer la situation devant la Cour pénale internationale (CPI).

Au moins 910 enfants tués en 2017 en Syrie

A Geneve, le Coordonnateur humanitaire régional des Nations Unies pour la crise syrienne, Panos Moumtzis, a indiqué que sur les 13,1 millions de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire en Syrie, 40% de ces personnes vulnérables sont des enfants.

Parmi les enfants victimes de cette tragédie figurent ceux de la Ghouta orientale assiégée qui subissent un niveau élevé et sans précédent de violence indiscriminée : attaques aériennes, bombes barils, tirs à l’artillerie lourde et famine sont leur lot quotidien.

Citant diverses sources onusiennes, dont la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie, M. Moumtzis a également affirmé que pour la seule année 2017, au moins 910 enfants ont été tués et 361 autres blessés, la vaste majorité dans les violences survenues à Idlib, Alep et Deir-ez-Zor.

Le Coordonnateur humanitaire a également affirmé que le recrutement d’enfants par toutes les parties ne cesse de croître. En 2017, les chiffres montrent que 25% des cas impliquaient des garçons et filles de moins de 15 ans. Sur ce nombre, neuf enfants sur dix sont directement envoyés au combat, après avoir reçu un uniforme et une formation militaire.

En outre, dans les régions assiégées, la moitié des 400.000 personnes qui y vivent sont des enfants, alors que le gouvernement syrien continue de refuser un accès humanitaire à ces zones. Si rien ne change, nous verrons tôt ou tard plus de personnes mourir de faim que des bombardements, a conclu M. Moumtzis.

« C’est la 23e fois que je m’adresse à ce Conseil et les tueries continuent sans aucune honte »

Le Conseil des droits de l’homme a poursuivi mardi les débats sur la Syrie avec l’examen du rapport de la Commission internationale d’enquête indépendante.

Le Président de cette Commission, Paulo Sergio Pinheiro a insisté sur le fait que ces atrocités ne sont pas nouvelles dans cette crise, d’autant que c’est la 23e fois qu’il s’adresse à ce Conseil et que les tueries continuent, sans aucune honte, ni décence.

La Ghouta orientale fait aujourd'hui la Une des journaux, comme avant elle, Alep, Ar Raqqa, Deir al Zur et Madaya. Mais la Commission a identifié d’autres zones qui connaissent la même situation et qui, de façon prévisible, feront, elles aussi, les grands titres.

Les enquêteurs de l’ONU se sont déclarés préoccupés par l’escalade de la violence à Afrin, où vivent plus de 320.000 personnes, dont 125.000 déplacés. Dans le gouvernorat d’Idlib, deux millions de personnes, dont près de la moitié sont des déplacées, les infrastructures civiles indispensables, comme les hôpitaux, continues d’être prises pour cibles, en violation flagrante du droit international, a-t-il dit.

En ce qui concerne le survivants, les notions de base de justice et de reddition des comptes ne doivent pas être ignorés, a souligné M. Pinheiro, déplorant que pour l’heure les exactions commises par toutes les parties (forces gouvernementales, anti gouvernementales et organisations terroristes) continuent d’être impunies.

Pour répondre aux besoins urgents des civils, le Président de la Commission a souligné qu’il faut dès à présent, cesser les hostilités et les attaques indiscriminées, permettre un accès sans entraves de l’aide humanitaire dans les zones assiégées et ne pas oublier les familles des personnes disparues ou détenues.

Face à ces accusations, les autorités syriennes ont réfuté « toutes les accusations politisées de ce rapport et les informations données par des personnes politisées comme les casques blancs ». Damas a déclaré qu’une saisine de la CPI dépasserait ses prérogatives et iraient à l’encontre des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité.

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