En Centrafrique, les cas de violations des droits de l’homme à la hausse

8 mars 2018

Dans un pays ravagé par la guerre civile et où l’Etat de droit est à reconstruire, la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations Unies en Centrafrique (MINUSCA) s’efforce de protéger les droits de la population, souligne le chef de la division des droits de l’homme de la MINUSCA, Musa Yerro Gassama, dans un entretien à ONU Info.

Les violations des droits humains en République centrafricaine (RCA) ont quasiment doublé entre 2016 et 2017. L’année dernière, 2.852 cas de violations ont été signalés à la mission onusienne contre 1.491 en 2016.

Musa Yerro Gassama avance deux raisons pour expliquer cette hausse. « En 2017, les tensions et les confrontations entre les groupes armés ont été plus nombreuses, surtout dans les régions de l’est et du sud-est du pays et ont fait augmenter le nombre d’abus », a-t-il dit. « La deuxième explication réside dans l’augmentation du nombre d’arrestations et de détentions par les forces étatiques, notamment par la gendarmerie » qui ont également engendré des violations.

Face aux violations : sensibiliser, dénoncer et agir

Les trois-quarts des violations des droits de l’homme recensées en 2017 par la MINUSCA ont été le fait des groupes armés. Face à ces violations, la Division des droits de l’homme de la MINUSCA a répondu avec plusieurs mesures.

« La première réaction est d’essayer de sensibiliser les groupes armés aux implications de leurs actes qui sont des violations des droits de l’homme et du droit humanitaire », a déclaré M. Gassama.

La Division essaie également de sensibiliser les populations pour qu’elles comprennent aussi que les actes perpétrés par les groupes armés à leur encontre sont des violations des droits de l’homme.

La MINUSCA a aussi rendu public les exactions commises par les groupes armés. « Nous avons fait beaucoup de rapports rendus public, des communiqués de presse pour dénoncer ces comportements contre les civils », a ajouté le chef des droits de l’homme de la mission.

Mais l’action de l’opération de maintien de la paix se situe également au niveau politique. « La MINUSCA est en contact avec ces groupes armés pour leur faire comprendre que leurs comportements ne favorisent pas le processus de dialogue, les médiations et la paix en général », a indiqué M. Gassama, rappelant que la mission onusienne appuie aussi l’initiative de l’Union africaine dans le processus de dialogue que l’organisation régionale a engagé avec les groupes armés afin que ces derniers cessent d’abuser les droits des civils.

Photo MINUSCA
Un Casque bleu patrouille dans le quartier de PK5 à Bangui, en République centrafricaine

Premières condamnations de chefs de guerre

En visite en RCA en mai dernier, le Sous-Secrétaire général aux droits de l’homme, Andrew Gilmour, avait prévenu les groupes armés : « La justice arrive. Lentement mais sûrement, et la justice est impartiale ».

« Andrew Gilmour avait raison ! », s’est félicité M. Gassama, citant les condamnations récentes par la justice ordinaire centrafricaine des chefs de guerre Andilo et Tidjani.

Le 22 janvier, l’ex-chef de guerre anti-balaka, Rodrigue Ngaïbona, également connu sous le nom de ‘Andilo’, a été condamné aux travaux forcés à perpétuité par la Cour criminelle de Bangui pour cinq chefs d'accusation : assassinats, vols aggravés, association de malfaiteurs, détention illégale d'armes, de biens.

Un mois plus tard, un autre chef de guerre, Ahmad Tidjani, et 10 membres des ex-Seleka ont été condamnés à la même peine pour association de malfaiteurs, détention d'armes de guerre, atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat et rébellion.

« Le Tribunal ordinaire a condamné ces deux personnes et je pense que c’est un bon signe de la lutte contre l’impunité », a déclaré le responsable des droits de l’homme de la MINUSCA. « Et nous allons continuer à saluer et à encourager le gouvernement à faire plus pour que justice soit faite ».

Partage d’informations avec la Cour pénale spéciale

En RCA, la Cour pénale spéciale (CPS) est sur le point de commencer ses travaux. Etablie en 2015, cette Cour a pour mission d’enquêter, d’instruire et juger les graves violations de droits de l’homme commis sur le territoire centrafricain depuis le 1er janvier 2003.

Fin février, le chef de la MINUSCA, Parfait Onanga-Anyanga, avait salué devant le Conseil de sécurité le début imminent des travaux de la Cour pénale spéciale, se réjouissant que la campagne contre l’impunité, longtemps chronique et source de conflits récurrents, soit désormais lancée. 

« La Division des droits de l’homme de la MINUSCA a partagé tous les rapports publics avec la Cour pénale spéciale et nous pensons que l’information que nous avons donnée peut aider la Cour et le Procureur spécial à développer sa stratégie de poursuite. Je pense qu’il s’agit d’une contribution énorme », s’est félicité M. Gassama.

L’année dernière, la MINUSCA avait publié un rapport recensant les violations de droits de l’homme entre 2003 et 2015 en RCA. Un document qui pourra également aider le Procureur spécial de la CPS à commencer son travail, estime le responsable des droits de l’homme de la MINUSCA. « De plus en plus, nous voyons des signes que la justice va arriver », a-t-il déclaré.

Assurer l’intégrité des forces étatiques

Elément central de la justice dite ‘transitionnelle’, la CPS est également complétée par le travail de filtrage effectué au sein des forces nationales centrafricaines dont certains membres sont impliqués dans des violations de droits de l’homme. « Ils ne doivent plus continuer à travailler au sein de ces forces », a souligné M. Gassama.

Pour le chef des droits de l’homme de la MINUSCA, le Plan national de relèvement et de consolidation de la paix (RCPCA) mis en place fin 2016 constitue également un dispositif clé de la justice transitionnelle en répondant à aux griefs et aux mécontentements des Centrafricains.

« Il faut réparer les routes, reconstruire les écoles et les hôpitaux, répondre aux préoccupations des populations dans toutes les régions », a précisé M. Gassama. « Au niveau des actions de développement, les choses sont déjà en marche pour aider les populations à sortir de la crise et toutes ces mesures font partie de la justice transitionnelle ».

Surveiller les propagateurs de discours de haine

Mais la paix et la réconciliation en RCA seront vaines si les discours de haine persistent. En visite à Bangui en octobre, le Conseiller spécial de l’ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng, avait mis en garde contre l’instrumentalisation de la haine ethnique et confessionnelle. « Cette question demeure une préoccupation du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et de la MINUSCA », a reconnu M. Gassama.

« Certains acteurs politiques parmi les groupes armés continuent un discours de haine qui repose sur la religion et les ethnies », a-t-il indiqué, précisant que la mission onusienne a établi des rapports dans lesquels certains de ces acteurs ont été ciblés. « Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, leur a même envoyé des lettres d’alerte les prévenant que leurs actions peuvent les mener en justice », a dit M. Gassama.

« Nous continuons à surveiller les personnes qui font ce type de discours de haine en public », a-t-il dit. « La préoccupation demeure car ce type de discours rendent vulnérables certains groupes ethniques et n’aide pas le processus de dialogue ».

Malgré les nombreuses avancées en matière de justice, le respect des droits de l’homme en République centrafricaine demeure un combat de tous les jours.

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