Syrie : l’ONU évoque de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans la Ghouta orientale

2 mars 2018

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al Hussein, a appelé vendredi à renvoyer la Syrie devant la Cour pénale internationale (CPI) pour que les auteurs de crimes rendent des comptes.

« Ce que nous voyons dans la Ghouta orientale et ailleurs en Syrie ressemble à des crimes de guerre, et potentiellement à des crimes contre l’humanité », a déclaré M. Zeid lors d’un débat urgent du Conseil des droits de l’homme à Genève sur la situation des droits de l’homme dans cette enclave rebelle assiégée.

« La Syrie doit être renvoyée devant la Cour pénale internationale (CPI). Les tentatives d’entrave à la justice, pour protéger les criminels sont scandaleux », a dénoncé le Haut-Commissaire lors de ce débat urgent organisé à la demande du Royaume-Uni. Le chef de droits de l’homme de l’ONU a souligné que les auteurs de ces crimes doivent savoir qu’ils seront identifiés et que des dossiers seront constitués en vue de leur procès.

« Les rouages de la justice peuvent être lents, mais ils ne grincent pas », a déclaré M. Zeid. « Que l’on ne pense pas que les auteurs (de ces crimes) s’en tireront. D’autres y avaient cru et se voyaient comme des patriotes, avant d’être arrêtés », a rappelé le Haut-Commissaire, citant au passage, la condamnation, il y a plus de trois mois, du général serbe de Bosnie, Ratko Mladic, pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Ghouta orientale : malgré la trêve, les frappes se poursuivent

La population de la Ghouta orientale souffre de toutes les privations, aucune livraison humanitaire n’étant parvenu depuis novembre, exception faite du 14 février dernier, où un convoi a atteint 7.200 personnes sur les 400.000 qui vivent dans cette région.

« Malgré un rare exemple d’unanimité » au Conseil de sécurité avec l’adoption samedi de la résolution 2401 (2018), les civils de la Ghouta orientale sont victimes de frappes aériennes et des bombardements incessants.

« En dépit d’une trêve de cinq heures annoncée par le gouvernement russe pour permettre une aide médicale et humanitaire, les frappes se poursuivent », a déploré le Haut-Commissaire. « Les agences humanitaires ont clairement annoncé qu’il leur était impossible de livrer l’aide dans une fenêtre de cinq heures, le simple passage des contrôles pouvant prendre un journée ».

Sur le terrain, les équipes du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) présentes en Syrie et dans les pays voisins sont prêtes à acheminer l’aide humanitaire. Mais pour l’agence onusienne, les espoirs d’une trêve humanitaire suscités par la résolution du Conseil de sécurité « se sont transformés en illusions »

« Pour les enfants en Syrie, rien n'a changé, rien », a déploré le Directeur de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Geert Cappelaere, lors d’un point de presse à Genève, soulignant que la violence a continué dans plusieurs endroits à travers le pays, s'intensifiant dans certains endroits et s'enflammant dans d'autres.

En réponse à ce sombre tableau, la République arabe syrienne a réitéré son opposition à la tenue du débat urgent au Conseil des droits de l’homme, estimant qu’il faisait suite à une requête injustifiée. Selon l’ambassadeur syrien, Hussam Edin Aala, de tels débats encouragent « les groupes terroristes », tandis qu’au contraire son gouvernement a appelé la population civile à évacuer la Ghouta orientale, a poursuivi le représentant syrien.

Au Conseil des droits de l’homme, le Royaume-Uni a déposé un projet de résolution réclamant l’application de la résolution adoptée samedi par le Conseil de sécurité qui réclame un cessez-le-feu immédiat de 30 jours dans l’ensemble de la Syrie.

Le projet proposé par Londres demande que la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie « ouvre d’urgence une enquête complète et indépendante sur les événements récents dans la Ghouta Orientale ». Le projet de résolution britannique devrait être soumis au vote des 47 Etats membres du Conseil des droits de l’homme, lundi matin.

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L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a affirmé jeudi à Genève que les Nations Unies ne renonceraient pas à demander l’application complète de la résolution du Conseil de sécurité « jusqu’à ce que les deux côtés cessent de se bombarder mutuellement et que les convois puissent entrer » dans l’enclave rebelle assiégée de la Ghouta orientale.