Somalie : le retrait prématuré de l'AMISOM serait un cadeau fait aux Chabab, selon l'envoyé de l'ONU

24 janvier 2018

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie, Michael Keating, a souligné mercredi devant le Conseil de sécurité le rôle fondamental de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) pour la sécurité de la Somalie et mis en garde contre son retrait prématuré, qui serait un véritable « cadeau » fait aux Chabab.

De son côté, le Chef de l'AMISOM, Francisco Cateano Jose Madeira, a souhaité, dans un contexte de retrait de la Mission, une « transition responsable », les forces somaliennes n'étant pas en mesure, selon lui, de prendre le relais de la Mission.

M. Keating, qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général sur la Somalie, a affirmé que les Chabab demeuraient une menace sérieuse pour la Somalie, « en dépit ou peut-être en raison » des revers qu'ils ont enregistrés suite aux pressions financières, aux opérations antiterroristes et aux frappes aériennes qui les visent.

Selon la Mission d'assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), dont M. Keating est le chef, sur les dix-huit mois courant jusqu'à octobre 2017, 2.078 civils ont été tués, la grande majorité des mains des Chabab. « Vaincre les Chabab nécessitera à la fois une stratégie militaire et une stratégie politique, l'emploi de carottes et de bâtons, ainsi que des efforts accrus pour remédier aux manques dont tirent profit les extrémistes pour asseoir un semblant de crédibilité », a-t-il affirmé.

M. Keating a, toutefois, affirmé que l'AMISOM, dont les efforts ont créé l'espace ayant permis les récents progrès observés dans le pays, ne pouvait pas rester « indéfiniment ». Il a ainsi exhorté les autorités somaliennes, l'Union africaine et les partenaires internationaux, à assurer, en 2018, l'opérationnalisation du secteur de la sécurité somalien et garantir son acceptation sur le plan politique.

Cela devrait permettre le transfert graduel des responsabilités assumées aujourd'hui par l'AMISOM aux mains des forces de sécurité somaliennes et d'asseoir le monopole du gouvernement fédéral et des États fédérés, dans le respect de l'architecture nationale de sécurité, sur l'usage de la force, a-t-il expliqué.

M. Keating a en effet estimé que la situation actuelle, marquée par une fragmentation et une privatisation fréquente des responsabilités sécuritaires, ainsi que par l'absence d'une reddition de comptes, n'était pas tenable. Dans ce droit fil, il a indiqué que les autorités fédérales et fédérées étaient convenues de développer un plan de transition pour le premier trimestre 2018, assorti de cibles et d'un calendrier clair.

Ce plan devrait concerner la transition militaire, mais aussi l'état de droit et le renforcement de la gouvernance locale, qui sont des éléments essentiels pour préserver les gains sécuritaires et asseoir la crédibilité de l'État, a-t-il expliqué. M. Keating a par ailleurs indiqué que ce plan sera la base du soutien futur au secteur sécuritaire somalien et à l'AMISOM.

Le Représentant spécial a, toutefois, indiqué que ce plan avait connu un début difficile. L'examen de la préparation opérationnelle de l'Armée nationale et de la police nationale somaliennes, conduit par le gouvernement, a en effet révélé de nombreuses lacunes et souligné l'énorme défi consistant à traduire dans les faits l'architecture nationale de sécurité.

M. Keating a détaillé néanmoins les progrès enregistrés, tels que l'intégration des 2400 membres des forces de défense du Puntland dans l'armée somalienne, « un possible modèle d'intégration pour le pays », ou bien encore le développement par chaque État membre d'un plan sur leurs forces de police.

Le Représentant spécial a assuré que l'ONU continuerait d'œuvrer avec l'Union africaine et autres acteurs sécuritaires clefs pour assurer un financement pérenne pour l'AMISOM et faire en sorte qu'elle puisse s'acquitter de son mandat.

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