Corée du Nord : la crise sécuritaire indissociable des violations des droits de l'homme, selon l'ONU

11 décembre 2017

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al-Hussein, a indiqué lundi devant le Conseil de sécurité que la situation des droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC) ne s'était pas améliorée au cours de l'année écoulée et était liée à la crise sécuritaire.

« La crise sécuritaire internationale concernant les actions militaires prises par le gouvernement de la République démocratique populaire de Corée (RPDC) est indissociable des violations généralisées des droits de l'homme de la population dans ce pays » a estimé M. Zeid, lors d'un exposé en visio-conférence à l'occasion de la réunion annuelle du Conseil de sécurité sur la situation des droits l'homme en Corée du Nord.

Malgré la difficulté d'enquêter sur place, le personnel des Nations Unies a constaté une dégradation des conditions de vie pour les 25 millions de Nord-Coréens et il est « impossible d'indiquer la moindre amélioration significative de la situation », a déploré le chef des droits de l'homme de l'ONU.

La situation est particulièrement grave dans les prisons et les camps de travail nord-coréens. Selon les témoignages collectés, la torture y est généralisée pour extorquer aux détenus des aveux selon lesquels ils envisagent de quitter le pays, communiquent avec un autre pays ou s'engagent dans des trafics divers.

M. Zeid a également évoqué le secret absolu qui entoure les « cinq camps de prisonniers politiques » de la RPDC. La peur d'être envoyé dans ces camps reste un « puissant instrument de contrôle », selon les témoignages de personnes qui ont fui le pays.

Deux Nord-Coréennes, qui déclarent avoir elles-mêmes été victimes de violation de leurs droits et qui ont fui leur pays, étaient invitées par la Représentante permanente des Etats-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, à assister à la réunion du Conseil de sécurité.

Quant à l'assistance fournie par les agences humanitaires des Nations Unies, M. Zeid l'a qualifiée de « vitale » pour 13 millions de personnes. Mais les sanctions économiques internationales imposées à la Corée du Nord « ralentissent les opérations de l'ONU dans le pays, avec un impact sur la fourniture de rations alimentaires, les kits de santé et d'autres aides humanitaires », a encore souligné le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, appelant les Etats membres à en minimiser les conséquences négatives.

Le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, Miroslav Jenca, a, de son côté, souligné à la responsabilité collective de la communauté internationale de protéger la population nord-coréenne et a demandé à tous les Etats membres de soutenir les activités d'assistance en RPDC. 114 millions de dollars sont nécessaires pour répondre aux besoins humanitaires sur place, a-t-il rappelé.

En 2014, le rapport d'une commission d'enquête internationale avait qualifié les violations des droits de l'homme en Corée du Nord de crimes contre l'humanité. Depuis, une réunion sur ce sujet est organisée chaque année au Conseil de sécurité. Lors d'un vote de procédure, dix membres du Conseil se sont prononcés en sa faveur (Etats-Unis, France, Italie, Japon, Kazakhstan, Royaume Uni, Sénégal, Suède, Ukraine et Uruguay), trois contre (Bolivie, Chine et Russie) et deux se sont abstenus (Egypte et Ethiopie).

La réunion du Conseil de sécurité est la première d'une série cette semaine sur la Corée du Nord : mardi, le Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques, Jeffrey Feltman, rendra compte de sa visite la semaine dernière à Pyongyang, avant la tenue, vendredi, d'une session ministérielle consacrée à la crise nord-coréenne.

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