Libye : le représentant de l'ONU appelle à bâtir un consensus politique entre Libyens

28 août 2017

À l'approche de la fin de la période de transition, prévue le 17 décembre 2017, le nouveau Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye, Ghassan Salamé, s'est dit « convaincu », devant le Conseil de sécurité, que « notre attachement à l'Accord politique libyen comme cadre de référence ne doit pas nous empêcher de nous adresser à tous les Libyens, quels que soient leurs statuts et leurs positions passées ou présentes, de sorte de pouvoir garantir une réconciliation pour tous ».

Pour sa toute première intervention devant le Conseil en cette qualité, M. Salamé a dressé un bilan de ses activités au cours du mois écoulé, depuis sa nomination, qui fait également de lui le Chef de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL). Un mois d'août marqué par des consultations intensives sur les plans interne et externe, y compris avec les pays voisins, comme la Tunisie, l'Algérie, l'Égypte ou l'Italie.

Les Libyens exaspérés par la détérioration des conditions de vie

Devant les membres du Conseil, M. Salamé a plaidé la cause du peuple libyen qui subit au quotidien des difficultés d'ordre économique et social. « De mes entrevues, un tableau émerge clairement. La population libyenne est exaspérée par la détérioration des conditions de vie dans leur pays », a-t-il déclaré.

« À Tripoli, je suis passé de manière répétée devant la même banque entre 10 heures et 22 heures, et les gens y étaient si nombreux que j'ai cru qu'ils manifestaient. Non ! Ils patientaient de pouvoir retirer une fraction de leur salaire mensuel, soit l'équivalent d'environ 25 dollars », a relaté M. Salamé, venu présenter au Conseil le tout dernier rapport en date du Secrétaire général sur la situation en Libye.

« Les gens n'en peuvent plus des coupures d'électricité et d'eau, qui entraînent celles des réseaux téléphoniques et d'Internet. Ils ne comprennent pas comment on peut être pauvre dans un pays doté de richesses naturelles, notamment du pétrole, mais où il faut faire la queue pendant une journée pour obtenir 20 litres d'essence. »

La conviction qu'une économie prédatrice s'est enracinée dans le pays se répand parmi la population, comme si celui-ci alimentait volontairement sa propre crise, au profit de quelques-uns et au détriment de tous les autres, ce qui met en évidence un « grave problème de gouvernance » auquel il faut résoudre de toute urgence.

« À moins de relever les défis économiques, la situation humanitaire ne fera que s'aggraver », a prévenu le Représentant spécial, qui a également fait état des préoccupations sécuritaires. « Lors de ma première nuit à Tripoli, je me suis endormi au son des rafales de coups de feu », a-t-il dit.

Tandis que de nombreux civils meurent ou sont blessés dans des affrontements armés ou à cause des restes explosifs de guerre, des milliers d'autres sont détenus de manière prolongée, la plupart privés de procès équitables, a poursuivi le chef de la MANUL, avant de rappeler que l'attaque perpétrée contre le point de passage d'al-Fuhaqa le 24 août dernier avait été attribuée à Daech.

Incertitude sur le « sens » à donner à la fin de la période de transition politique

Après avoir reconnu que la situation sécuritaire s'est améliorée dans certaines régions du pays, notamment à Tripoli, M. Salamé a identifié plusieurs éléments qui font obstacle sur le plan politique. Tout d'abord, l'incertitude qui plane sur le « sens » à donner à la fin de la période de transition politique, prévue le 17 décembre prochain par l'Accord politique.

« L'une des tâches les plus urgentes est de bâtir un consensus entre Libyens sur la signification juridique et politique à donner à cette date-anniversaire », a-t-il expliqué, en prévenant des risques que ferait peser sur le pays un « vide constitutionnel ». Le Chef de la MANUL s'est félicité de constater que la plupart de ses interlocuteurs semblent s'accorder sur l'idée d'amender l'Accord politique, à propos duquel « j'espère pouvoir faire une annonce dans les prochains jours ».

De son côté, le représentant de la Libye, Elmahdi S. Elmajerbi, a souhaité que ces efforts aboutissent et puissent faciliter la formation d'un Gouvernement d'entente nationale, qui devra selon lui relever de multiples défis, du terrorisme aux migrations illégales, en passant par la gestion des ressources naturelles, les violations des droits de l'homme et l'absence d'état de droit.

Le Représentant spécial a en outre rappelé que la légalité du vote, le 29 juillet dernier, qui visait à finaliser le projet de constitution est en cours d'examen par les tribunaux. À cela, s'ajoute le besoin grandissant d'organiser de nouvelles élections, lesquelles doivent être précédées d'un engagement formel des parties à en accepter les résultats, a souligné le haut responsable onusien.

Pour M. Salamé, les Libyens doivent pouvoir combiner ces trois éléments en un « ensemble politique », dont les modalités restent à définir.

 

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