RDC : l'ONU réclame une nouvelle fois l'ouverture d'une enquête internationale sur les exactions dans les Kasaï

20 juin 2017

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a réclamé une nouvelle fois mardi l'ouverture d'une enquête internationale sur les violations graves des droits humains commises dans les Kasaï, en République démocratique du Congo (RDC).

Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies doit se prononcer jeudi ou vendredi sur un projet de résolution en ce sens, à la demande de l'Union européenne.

Le Haut-Commissaire s'est inquiété en particulier de « la création et de l'armement d'une milice, Bana Mura, qui soutiendrait les autorités congolaises dans la lutte » contre la rébellion Kamwina Nsapu, qui « a mené des attaques horribles contre des civils des groupes ethniques Luba et Lulua », a-t-il dit souligné mardi devant le Conseil des droits de l'homme, à Genève.

Le chef des droits de l'homme a dénoncé la détérioration de la situation humanitaire et des droits de l'homme dans les Kasaï. Plusieurs intervenants semblent alimenter la haine ethnique, ce qui conduit à des attaques extrêmement graves, de grande ampleur et apparemment soigneusement planifiées contre la population civile dans les Kasaï.

Alarmé par les rapports faisant état d'atrocités et étant donné les difficultés d'accès pour aller dans les Kasaï, le Haut-Commissaire a décidé, la semaine dernière, d'envoyer dans la région une équipe d'enquêteurs pour rencontrer des réfugiés ayant fui les violences.

« Les réfugiés de plusieurs villages du territoire de Kamonya ont indiqué que les Bana Mura ont au cours des deux derniers mois tués, mutilés ou brûlés à mort des centaines de villageois et ont détruit des villages entiers », a affirmé M. Zeid.

Selon le Haut-Commissaire, quarante-deux charniers ont été repérés dans les Kasaï. Il pourrait y en avoir davantage, a déclaré M. Zeid, expliquant que des réfugiés avaient dit à l'équipe du Haut-Commissariat qu'ils avaient été obligés d'enterrer d'autres morts dans des fosses communes.

Si dans d'autres parties du pays certains progrès ont été accomplis, il a toutefois prévenu que les Kasaï risquaient de devenir une zone de « feu à volonté ». Sur les 5190 violations des droits de l'homme répertoriées l'année dernière, plus de 64% ont été commises par les forces armées et de police dans les Kasaï.

Face à ce sombre tableau, le chef des droits de l'homme de l'ONU a exhorté le Conseil à déployer une enquête internationale indépendante sur la situation des droits de l'homme dans les Kasaï, en coopération avec les autorités congolaises, le Haut-Commissariat et d'autres institutions des Nations Unies.

M. Zeid a indiqué que l'enquête internationale pourrait établir les faits, déterminer les responsabilités individuelles et favoriser la traduction des auteurs des atrocités devant les tribunaux. Le Haut-Commissaire demeure également en contact avec la Cour pénale internationale (CPI).

En réponse à ces accusations, la Ministre congolaise des droits humains a réitéré la volonté des autorités de Kinshasa de poursuivre leur collaboration avec l'ONU. Selon Marie-Ange Mushobekwa-Likulia, la RDC « accepte d'accueillir sur son sol une équipe d'enquêteurs des Nations unies, venant en appui à la justice congolaise », dans le but de faire la lumière sur les atrocités dans les Kasaï.

Elle a également assuré qu'« on cherche les fosses communes partout, sauf là où elle pourrait exister réellement », accusant les Kamwina Nsapu de commettre de « véritables boucheries humaines ».

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