Afrique de l'Ouest : face aux défis sécuritaires, l'ONU appelle la CEDEAO à s'attaquer aux racines de l'extrémisme

5 juin 2017

Au 51e sommet de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui s'est tenu dimanche à Monrovia, au Libéria, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la région, Mohamed Ibn Chambas, a appelé les Etats membres de l'organisation régionale à rester mobilisés sur les questions de paix et de sécurité, sans négliger le développement et les droits de l'homme.

En présence du Président gambien « dûment élu », Adama Barrow, le chef du Bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel (UNOWAS) a salué la transition démocratique en Gambie qu'il a qualifiée de « triomphe des efforts collectifs ». Il a également félicité la Côte d'Ivoire pour son élection en tant que membre du Conseil de sécurité.

« Même si nous célébrons nos réussites, nous devons reconnaître que les sources de préoccupation subsistent », a toutefois prévenu M. Chambas.

« Nous devons inverser l'état de non-droit qui afflete une grande partie du Sahel, créant des zones entièrement ingouvernables où la présence de l'État peut difficilement être ressentie », a-t-il dit, soulignant que malgré la vigilance, le crime organisé, les prédicateurs de haine et les trafiquants de stupéfiants, de personnes et d'armes continuent de traverser les frontières.

Le Représentant spécial a rappelé que le vide sécuritaire à travers le Sahel a produit deux forces qui s'opposent : d'une part, les extrémistes violents et les réseaux criminels sont en concurrence pour combler le vide. D'autre part, cela a conduit les communautés locales à s'armer pour protéger leurs familles, leurs terres et leurs biens, y compris leur bétail.

« Face à de telles lacunes, les gens se tournent vers les liens primordiaux de la langue et de la lignée pour rechercher la protection au sein des groupes, même s'ils ne sont pas d'accord avec leurs idéologies extrémistes qui menacent de déchirer les communautés », a dit M. Chambas. « Nous devons continuer de faire tout notre possible pour éviter, à tout prix, que la quête de la sécurité ne se transforme en conflit et en davantage de violence criminelle ».

Pas de sécurité et de stabilité durable sans développement durable, inclusif et juste

Le Représentant spécial a salué les mesures prises par le Niger, le Mali et le Burkina Faso pour renforcer leur collaboration et s'est dit impressionné par leurs efforts, avec le Tchad et la Mauritanie, pour mettre en place la Force commune G5-Sahel pour combattre leurs ennemis communs.

M. Chambas a souligné que les Nations Unies restaient « résolues à travailler avec les pays du G5-Sahel dans la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel autour de ses piliers de gouvernance, de sécurité, de résilience et de développement ».

Le Représentant spécial a salué la libération de 82 filles qui avaient été capturées par Boko Haram dans la ville de Chibok, l'accélération de la reconstruction, les efforts militaires concertés des pays du bassin du lac Tchad (Nigéria, Niger, Cameroun et Tchad), les succès militaires de la Force multinationale mixte, ainsi que la détermination du peuple et du gouvernement de Nigéria.

« Les Nations Unies continueront de soutenir ces initiatives. Nous ne pouvons pas baisser la garde », a dit l'envoyé de l'ONU.

Pour lui, la question d'un développement juste est cruciale pour consolider les gains en termes de paix et de sécurité. « Ne pas fournir des services de base et des possibilités de moyens de subsistance viables dans les zones touchées risque de réduire nos succès récents contre Boko Haram », a-t-il prévenu. Selon lui, alors que les extrémistes continuent sévir, « nous devons redoubler d'efforts pour travailler ensemble et partager le renseignement, renforcer la coopération transfrontalière et gagner la confiance des communautés ».

Le chef d'UNOWAS s'est également dit encouragé par la détermination de plusieurs gouvernements de l'Afrique de l'Ouest à s'attaquer à la menace de la corruption. « Il est important pour les États de promouvoir une meilleure gouvernance transparente, un développement inclusif, fournir des infrastructures, répondre aux besoins sociaux de base tels que la santé et l'éducation, et lutter contre l'injustice et l'impunité », a dit M. Chambas, qui s'est réjoui des efforts déployés par les pays de la région pour moderniser les institutions de gouvernance.

Poursuivre la consolidation des efforts démocratiques

Le Représentant spécial a fait part des encouragements de l'ONU envers la poursuite du dialogue en Guinée et au Togo afin de « briser des impasses politiques de longue date et à consolider la paix et la démocratie ».

Il a salué la déclaration conjointe des partis politiques libériens en faveur d'une élection présidentielle libre et non violente prévue en octobre et dit espéré que la Sierra Leone progressera également avec la tenue d'élections « libres, justes et crédibles » en mars 2018.

Il a également demandé instamment aux parties prenantes en Guinée-Bissau d'accélérer leurs consultations afin de mettre fin à la paralysie prolongée du gouvernement.

Pour le Représentant spécial, les événements récents en Côte d'Ivoire ont encore montré que le leadership politique, la réconciliation nationale, la lutte contre l'impunité et la réforme du secteur de la sécurité doivent aller de pair. « Nous sommes tous d'accord pour dire que mettre le secteur de la sécurité sous un contrôle démocratique complet doit être une priorité », a-t-il rappelé.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.

Suivre l'actualité : précédents articles sur le sujet

Côte d'Ivoire : les différends doivent être résolus par les voies légales et le dialogue, selon l'ONU, l'UA et la CEDEAO

« La Côte d'Ivoire est un pays majeur de la région qui doit continuer à servir de modèle de stabilité et de développement économique », ont déclaré dans un communiqué la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Union africaine (UA) et les Nations Unies après avoir effectué une mission conjointe à Abidjan mercredi.