Yémen : la fermeture de plus de la moitié des établissements de santé met en péril la vie des civils, selon l'ONU

28 mars 2017

Plus de 14 millions de personnes au Yémen n'ont pas accès aux services de santé, a indiqué mardi l'Organisation mondiale de la santé (OMS), alertant sur le fait que le transport du personnel médical et le traitement des blessés deviennent de plus en plus difficiles.

Selon l'OMS, au moins 7.719 personnes ont été tuées et 42.922 autres blessées depuis le début du conflit il y a deux ans, mais le nombre réel de victimes serait plus élevé.

« Plus de la moitié de tous les établissements de santé sont fermés ou ne fonctionnent que partiellement », a déclaré un porte-parole de l'OMS, Tarik Jasarevic, lors d'un point de presse à Genève. En visite au Yémen en février, M. Jasarevic a déclaré qu'au moins 274 établissements de santé avaient été endommagés ou détruits à la suite du conflit et qu'environ 44 travailleurs de la santé ont été tués ou blessés. Il a également indiqué que le pays était frappé par une pénurie de médicaments et de personnel spécialisé, tel que les chirurgiens, dont beaucoup ont fui le pays.

« Depuis plus de six mois, les établissements de santé au Yémen n'ont reçu aucun soutien financier pour couvrir les coûts opérationnels et les salaires du personnel », a déclaré le porte-parole. En conséquence, des installations sanitaires comme le centre de dialyse de Hudaydah sont sur le point de cesser leurs activités, car il n'y avait plus de carburant pour faire fonctionner les appareils de dialyse obsolètes, a fait remarquer M. Jasarevic. Sans cette installation, 600 personnes souffrant d'insuffisance rénale vont probablement mourir.

Un conflit qui a accentué la malnutrition et les maladies chez les enfants

L'impact à long terme du conflit a également des effets préjudiciables sur le système alimentaire et l'infrastructure du pays.

La malnutrition est en hausse avec près d'un demi-million d'enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, et un enfant sur deux âgé de moins de cinq ans ayant un retard de croissance. Il s'agit d'une « augmentation de 200% depuis 2014 - quand ce nombre était à 160.000 - ce qui augmente le risque de famine », a déclaré un porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) Christophe Boulierac.

L'UNICEF estime que toutes les 10 minutes, au moins un enfant meurt au Yémen en raison de causes évitables telles que la malnutrition, la diarrhée ou les infections respiratoires.

En plus de la malnutrition, les enfants sont confrontés au paludisme et à la dengue, qui ont augmenté au cours des deux derniers mois et une flambée de choléra a été contenue, a déclaré M. Jasarevic.

L'OMS, l'UNICEF, d'autres organismes des Nations Unies et leurs partenaires fournissent une aide, mais les ressources sont épuisées. Pour 2017, par exemple, le pôle santé a lancé un appel de 322 millions de dollars.

Une crise qui met en péril les générations futures

Le Coordonnateur humanitaire au Yémen, Jamie McGoldrick, a dénoncé mardi un grand nombre d'atrocités commises au Yémen. Au moins 1.540 enfants ont été tués et 2.450 autres blessés. Plus de 1.550 enfants ont été recrutés pour combattre ou pour accomplir des tâches militaires. Par ailleurs, des centaines de personnes ont été tuées dans des mosquées, des marchés, des écoles, des hôpitaux et lors de veillées funéraires.

« Avec une malnutrition chez les enfants qui a atteint un niveau record et au moins deux millions d'enfants non scolarisés, le conflit et ses conséquences mettent en péril les générations futures au Yémen », a alerté le Coordonnateur humanitaire, expliquant que plus de 11% de la population du Yémen a été contrainte de fuir en quête de sécurité et de moyens de subsistance.

Un million de ces personnes ont cherché à retourner dans leurs régions d'origine uniquement pour y trouver des destructions et l'absence d'opportunités pour redémarrer leur vie.

« La population du Yémen souffre depuis trop longtemps », a déclaré M. McGoldrick, soulignant qu'aucune réponse humanitaire ne peut répondre aux besoins croissants de la guerre. « Seule la paix peut mettre fin à la souffrance et je continue à appeler toutes les parties à revenir à la table de négociation et à rendre effectives leurs responsabilités envers les civils à travers le Yémen ».

 

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