La spéculation financière a conduit à une crise mondiale insoutenable du logement, selon une experte de l'ONU

2 mars 2017

Les marchés financiers mondiaux ont poussé les gens hors des villes, a déclaré jeudi une experte indépendante des Nations Unies, accusant les marchés financiers et les spéculateurs de considérer le logement comme un « lieu où entreposer du capital ».

« Le logement a perdu sa fonction sociale et est plutôt vu comme un véhicule pour la richesse et la croissance des actifs. Il est devenue une denrée financière, dépouillé de son lien avec la communauté, la dignité et l'idée de la maison », a déclaré la Rapporteuse spéciale sur le droit au logement, Leilani Farha.

Dans son dernier rapport présenté jeudi au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, Mme Farha a examiné comment le logement est devenu un réceptacle du capital mondial ainsi que les conséquences de la marchandisation sur l'accessibilité du logement et l'itinérance.

La valeur totale du marché immobilier mondial est de 163 milliards de dollars, selon l'expert de l'ONU, soit l'équivalent de plus du double de l'économie mondiale.

« Le monde financier a essentiellement agit sans aucune considération du logement comme un droit humain et les États sont complices: ils ont soutenu les marchés financiers d'une manière qui a rendu le logement inabordable pour la plupart des résidents », a déclaré l'experte.

Le rapport de Mme Farha recommande des cadres plus solides, fondés sur les droits, à l'échelle nationale et internationale pour résoudre le problème. Il suggère que les États réglementent les acteurs privés non seulement pour prévenir des violations flagrantes des droits de l'homme, mais aussi pour s'assurer que leurs actions sont compatibles avec l'obligation de faire du logement un droit humain pour tous.

À Londres, par exemple, les promoteurs n'ont pas été effrayés par l'exigence de logements sociaux, a déclaré Mme Farha dans son allocution, tandis qu'à Vancouver, au Canada, les logements vacants sont assujettis à un prélèvement d'impôt de 1% qui contribue au logement des personnes à faible revenu.

« C'est une question de responsabilité », a dit Mme Farha. « La responsabilité du gouvernement envers les obligations internationales en matière de droits de la personne a été remplacée par la responsabilité envers les marchés et les investisseurs », a-t-elle déploré.

Des rapporteurs spéciaux et des experts indépendants sont nommés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève pour examiner et faire rapport sur un thème spécifique des droits de l'homme ou sur la situation d'un pays. Les postes sont honorifiques et les experts ne sont ni membres du personnel des Nations Unies, ni rémunérés pour leur travail.

 

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