Yémen : l'Envoyé spécial de l'ONU appelle à faire de la population la priorité

31 août 2016

A l'occasion d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée au Yémen, l'Envoyé spécial du Secrétaire général Ismail Ould Cheikh Ahmed a dressé mercredi un tableau très sombre de la situation dans ce pays, marquée par une grave crise humanitaire et une « escalade dangereuse » des activités militaires depuis l'échec des pourparlers de paix qui se sont tenus au Koweït.

La fin de ces pourparlers a été suivie d'affrontements militaires nourris dans les gouvernorats de Sanaa, de Taëz, d'Al Jawf, de Shabwa et de Marib et le long de la frontière avec l'Arabie saoudite, a indiqué M. Ould Cheikh Ahmed précisant que de nombreuses violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme avaient accompagné la reprise des hostilités.

L'Envoyé spécial a ainsi condamné l'attaque commise contre un hôpital rural à Hajjah et la détention sans motifs d'au moins 60 membres de la communauté Baha'ie de Sanaa. « Cela démontre un irrespect flagrant pour les droits de l'homme et les minorités », a-t-il déploré, avant d'appeler toutes les parties à s'acquitter de leurs obligations au regard du droit international.

L'Envoyé spécial a également estimé que l'escalade militaire était propice au développement des activités terroristes d'Al-Qaïda et de Daech rappelant l'attaque-suicide du 29 août à Aden qui a tué et blessé des dizaines de Yéménites.

Dans son exposé sur la crise humanitaire que traverse le Yémen, M. Ould Cheikh Ahmed a précisé que le nombre de personnes déplacées s'élevait désormais à plus de trois millions et que les prix des denrées alimentaires avaient augmenté d'au moins 60% depuis le début de la crise. « Malgré les besoins grandissants, il devient de plus en plus difficile pour les agences humanitaires de se rendre dans de nombreuses zones du pays », a-t-il dit, en déplorant que le plan de réponse humanitaire pour le Yémen ne soit pour l'instant financé qu'à hauteur de 28%.

Fort ce constat, il a exhorté les parties à donner la priorité au peuple yéménite et à s'engager en faveur d'une solution politique, laquelle a le soutien de l'ensemble des acteurs clefs dans la région.

« Les pourparlers au Koweït n'ont pas abouti à un accord mais n'ont pas été sans résultats importants », a toutefois nuancé l'Envoyé spécial précisant qu'une architecture pour une feuille de route avait émergé, laquelle devrait être consolidée dans les prochaines semaines. « Avant de quitter le Yémen, j'ai convenu avec les parties de continuer les consultations de manière séparée et de convoquer de nouveau des pourparlers directs à un stade ultérieur ».

« La reprise effective des pourparlers ne sera possible que si toutes les parties maintiennent leur engagement en faveur d'un accord négocié et s'abstiennent de toute action unilatérale », a affirmé M. Ould Cheikh Ahmed. Il s'est ainsi dit extrêmement préoccupé par l'annonce par Ansar Allah et l'ancien Président Ali Abdullah Saleh de la formation d'un Conseil politique suprême doté de larges pouvoirs administratifs, sécuritaires, économiques et législatifs.

L'Envoyé spécial a indiqué que sa priorité, lors de ces consultations, sera d'obtenir de nouveau de toutes les parties un retour à la cessation des hostilités. « L'ONU n'a pas abandonné et n'abandonnera pas le Yémen. Les dirigeants du Yémen ne doivent pas abandonner le peuple yéménite, tout le peuple yéménite, au Sud et au Nord », a-t-il conclu.

 

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