Soudan du Sud : l'ONU condamne de violents combats ces derniers jours à Juba

10 juillet 2016

Plusieurs hauts responsables de l'ONU ont fermement condamné la reprise des combats dimanche à Juba entre des soldats de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et de l'APLS dans l'opposition, deux jours après des affrontements similaires dans la capitale du Soudan du Sud, les 7 et 8 juillet 2016.

Suite à une réunion d'urgence à huis clos du Conseil de sécurité de l'ONU, l'Ambassadeur du Japon auprès de l'Organisation, Koro Bessho, dont le pays détient la présidence du Conseil pour le mois de juillet, a lu dimanche une déclaration à la presse dans laquelle les 15 membres se sont dits choqués et indignés face aux attaques ayant pris pour cible, ce jour, les camps et sites de protection des civils de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS).

« Les membres du Conseil ont condamné dans les termes les plus forts toutes les attaques et les provocations contre les civils et les Nations Unies », a déclaré le Président du Conseil, tout en exprimant ses condoléances aux familles des Casques bleus chinois et rwandais qui ont été tués ou blessés dans ces attaques.

Le Conseil a exhorté toutes les parties à mettre immédiatement fin aux combats et a exigé du Président Kiir et du Premier Vice-Président Machar qu'ils fassent tout leur possible pour reprendre le contrôle de leurs forces respectives. Il les a également appelés à empêcher la propagation de la violence dans le reste du pays et à « s'engager véritablement à une mise en œuvre complète et immédiate de l'accord de paix, y compris le cessez-le-feu permanent et le redéploiement des forces militaires actuellement à Juba ».

Le Conseil de sécurité a rappelé à toutes les parties, y compris aux forces de sécurité du gouvernement, le caractère civil des sites de protection des civils au Soudan du Sud. À ce titre, les membres du Conseil ont souligné que les attaques contre les civils, ainsi que les locaux et le personnel des Nations Unies étaient susceptibles de constituer des crimes de guerre.

Ils ont également souligné l'importance de mener des enquêtes transparentes sur ces crimes et de traduire les auteurs en justice. Ces derniers, ont-ils ajouté, pourraient être potentiellement soumis à des sanctions, tel que l'autorise la résolution 2206 (2015) du Conseil pour les actions qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité du Soudan du Sud.

Le Conseil a exprimé son soutien envers la MINUSS et s'est dit prêt à envisager de renforcer la Mission pour faire en sorte qu'elle puisse prévenir et répondre à la violence au Soudan du Sud, a dit le Président du Conseil.

« Les membres du Conseil de sécurité ont encouragé les États de la région à se préparer à fournir des troupes supplémentaires au cas où le Conseil en déciderait ainsi. Dans l'intervalle, [le Conseil] a souligné la nécessité pour la MINUSS de tirer pleinement parti de son autorisation d'utiliser tous les moyens nécessaires pour protéger les civils », a-t-il conclu.

De son côté, la MINUSS a également fait part dans un communiqué de presse de son indignation face à la reprise des violences à Juba le 10 juillet 2016, au lendemain du cinquième anniversaire de l'indépendance du pays.

« Les violents combats dans la ville de Juba, y compris à proximité des camps de la MINUSS […] ont forcé environ 1.000 personnes déplacées à fuir le site de protection des civils nº1 de la MINUSS vers le camp de la MINUSS appelé Maison de l'ONU de Jebel », a déclaré la Mission. « Les violents combats dans le centre-ville ont également forcé des centaines de civils à se réfugier dans le camp de la MINUSS dit de Tomping », a-t-elle ajouté.

La MINUSS s'est par ailleurs déclarée « gravement préoccupée » par les informations selon lesquelles des éléments armés auraient empêché des civils de chercher refuge auprès de la Mission de l'ONU.

« Les deux camps de la MINUSS à Juba [Maison de l'ONU de Jebel et Tomping] ont subi des impacts de tirs à l'arme lourde et à l'arme légère », a par ailleurs indiqué la Mission, exhortant toutes les parties à respecter « le caractère sacré » de l'Organisation et condamnant toute attaque délibérée contre des locaux des Nations Unies et son personnel.

La MINUSS a indiqué que les soldats de la paix des Nations Unies continuaient de protéger les civils déplacés dans ses sites de protection nº1 et 3. « Pour la sécurité des civils déplacés, l'ONU exhorte toutes les parties à respecter le caractère civil de ces sites », a insisté la Mission, ajoutant que ses Casques bleus étaient également mobilisés pour protéger les camps de Tomping et de la Maison de l'ONU de Jebel.

La Représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU au Soudan du Sud et responsable de la MINUSS, Ellen Margrethe Loej, a par ailleurs « directement appelé les plus hautes autorités du Soudan du Sud à mettre de l'ordre dans leurs rangs, à engager un dialogue pour trouver une solution politique à cette crise et à garantir l'accès aux patrouilles des Nations Unies afin de rassurer la population civile ».

De son côté, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est également dit choqué et consterné par les violents combats qui se déroule actuellement à Juba.

Dans un communiqué de presse publié dimanche, à la suite de celui de la MINUSS, le chef de l'ONU a demandé « instamment au Président Kiir et au Premier Vice-Président Riek Machar de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour désamorcer immédiatement les hostilités et ordonner à leurs forces respectives de se désengager et de se replier dans leurs bases ».

M. Ban a souligné que cette « violence insensée » est « inacceptable », et risque d'inverser les progrès accomplis à ce jour dans le processus de paix.

« Les camps et sites de protection des civils de l'ONU à Juba ont été pris dans les tirs croisés. Je suis profondément frustré par le fait que les combats aient repris, malgré les engagements pris par les dirigeants du Soudan du Sud », a-t-il ajouté, appelant ces derniers à reprendre le contrôle de la situation sécuritaire à Juba et empêcher la propagation de la violence à d'autres régions du pays.

M. Ban a également exhorté le gouvernement à garantir la sécurité des civils et du personnel des Nations Unies, ainsi qu'à « véritablement s'engager à mettre en œuvre intégralement l'accord de paix ».

Les condamnations de la MINUSS et du Secrétaire général ont fait suite à un communiqué de presse, publié par le Conseil de sécurité de l'ONU samedi soir, jour du cinquième anniversaire de l'indépendance du pays, condamnant fermement les combats qui ont eu lieu à Juba entre des soldats de l'APLS et de l'APLS dans l'opposition, les 7 et 8 juillet 2016. Le Conseil a également condamné plusieurs attaques séparées contre des fonctionnaires des Nations Unies et des membres du corps diplomatique dans la capitale, le 7 juillet.

Le Conseil a toutefois reconnu la création d'une commission d'enquête par les autorités. Il a exhorté le gouvernement de transition d'unité nationale à « enquêter rapidement sur ces attaques, prendre des mesures pour mettre fin aux combats, réduire les tensions et tenir les auteurs des attaques pour responsables ».

Les 15 membres ont insisté sur la nécessité de « responsabiliser les membres des forces militaires » et ont souligné « l'importance du commandement et du contrôle ». Ils ont demandé à la SPLA, la SPLA dans l'opposition et tous les autres acteurs armés de « cesser les hostilités et permettre à la Mission de l'ONU en République du Soudan du Sud (MINUSS) et aux acteurs humanitaires d'accéder aux civils dans le besoin ».

Le Conseil de sécurité a en outre exprimé sa profonde préoccupation face au « manque d'engagement sérieux de la part des parties en faveur de la mise en œuvre de l'Accord sur la résolution du conflit en République du Soudan du Sud ». Il a appelé les parties à « travailler ensemble au sein du gouvernement de transition d'unité nationale pour résoudre leurs différences dans un esprit de coopération ».

A cet égard, le Conseil s'est félicité de la déclaration commune d'appel au calme faite par le Président, le Premier Vice-Président et le Vice-Président du pays.

Les membres du Conseil ont demandé aux parties « d'accélérer la mise en œuvre de tous les aspects de l'Accord, y compris les principales dispositions sur les arrangements de sécurité transitoires », afin de rétablir la paix au Soudan du Sud.

Le Conseil a souligné que « les mesures qui ont pour effet d'empirer ou de prolonger le conflit au Soudan du Sud, y compris les violations de l'Accord, peuvent donner lieu à des mesures additionnelles », tel que le précise la Résolution 2280 (2016) du Conseil de sécurité.

Les membres du Conseil ont exprimé leur gratitude envers la MINUSS et ses efforts pour mener à bien son mandat de protection des civils. Ils ont toutefois rappelé que la principale responsabilité de protéger les civils du pays incombe au gouvernement de transition d'unité nationale.

En ce cinquième anniversaire de l'indépendance du Soudan du Sud, les membres du Conseil de sécurité ont exhorté les dirigeants du pays à « faire preuve du leadership qui apportera une paix durable et la sécurité au Soudan du Sud ».

 

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