Syrie : le chef de l'humanitaire de l'ONU s'indigne de la passivité de la communauté internationale
« Il y a quelque chose de fondamentalement injuste dans un monde où les attaques contre des hôpitaux et des écoles, des mosquées et des marchés, contre des groupes ethniques et religieux, sont tellement devenues monnaie courante qu'elles ne provoquent plus de réaction », s'est ému M. O'Brien. « Et pourtant le monde continue de voir la Syrie se désintégrer dans une effusion de sang ».
M. O'Brien a rappelé que le dernier rapport de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie note que l'État islamique d'Iraq et du Levant (EIIL/Daech) a commis, dans l'est du pays, des actes de génocide ainsi que de multiples crimes contre l'humanité et crimes de guerre contre les Yézidis.
Le Secrétaire général adjoint a aussi dénoncé l'utilisation « implacable » par les forces gouvernementales de barils d'explosifs qui causent des morts « ignobles ». À Darayya, surnommée « la capitale des barils d'explosifs », ce sont des douzaines de bombes qui ont été larguées au cours des dernières semaines, « leur seul but étant de punir la population civile », a-t-il dit.
M. O'Brien a rappelé que des enfants sont détenus de force, torturés, qu'ils subissent des violences sexuelles et sont, dans certains cas, exécutés.
Il a souligné que depuis l'adoption de la résolution 2286 (2016) sur la protection des civils en période de conflit armé, les Nations Unies et leurs partenaires ont reçu des informations selon lesquelles il y a encore eu des douzaines d'attaques dirigées contre des hôpitaux, des installations médicales et le personnel de santé. En avril dernier, l'organisation Physicians for Human Rights a fait état de 365 attaques contre 259 établissements et de la mort de 738 agents de santé, dont les forces gouvernementales syriennes seraient responsables à 76%.
Le Secrétaire général adjoint s'est également dit très préoccupé par la situation au niveau du mur de sable à la frontière jordanienne, où le nombre de demandeurs d'asile a triplé au cours de ces derniers mois, passant à 70.000 personnes, dont plus de la moitié sont des enfants. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), ce chiffre devrait atteindre 100.000 à la fin de l'année.
L'ONU et ses partenaires continuent de déployer des efforts inlassables pour répondre aux besoins humanitaires d'urgence de la population syrienne, a assuré M. O'Brien, rappelant que 18 zones restent assiégées en Syrie.
Malgré ces efforts, les réalités du conflit sur le terrain, de même que l'ingérence et l'intransigeance des parties, continuent de poser d'immenses difficultés, a-t-il déploré. Il a critiqué les limites imposées par les autorités syriennes concernant l'accès et le type d'aide humanitaire. M. O'Brien a appelé tous ceux qui ont une influence sur les autorités syriennes à faire pression pour que l'aide soit acheminée sans entrave et sans ingérence.
« Les générations futures jugeront durement l'incapacité de la communauté internationale à sauver et à protéger les civils en Syrie », a-t-il averti.
A Genève, l'Envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a déclaré jeudi qu'il ne savait toujours pas quand les pourparlers de paix inter-syriens reprendraient.
La reprise de ces pourparlers est liée au processus humanitaire et à l'amélioration concernant l'application de la cessation des hostilités, a-t-il précisé lors d'un point de presse.