Des experts de l'ONU dénoncent l'instrumentalisation du corps des femmes

17 juin 2016

Un nouveau rapport du Groupe de travail de l'ONU sur la discrimination à l'égard des femmes en droit comme en pratique, publié vendredi, appelle les gouvernements à prendre des mesures urgentes, immédiates et efficaces pour relever le défi mondial de la sauvegarde du droit des femmes à la santé, y compris leur santé sexuelle et reproductive.

Dans ce rapport, remis au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, les experts du Groupe de travail documentent la façon dont le corps des femmes est instrumentalisé à des fins politiques, culturelles, religieuses et économiques. Il souligne également que l'autonomisation des femmes est intrinsèquement liée à leur capacité à contrôler leur vie reproductive.

« L'instrumentalisation du corps des femmes est au cœur de la discrimination contre les femmes et les empêche d'atteindre le meilleur état de santé possible », a noté dans un communiqué de presse une experte des droits de l'homme, Frances Raday, qui dirige actuellement le Groupe de travail.

Le rapport entend par instrumentalisation l'assujettissement des fonctions biologiques naturelles des femmes à un programme patriarcal politisé.

« Comprendre et lutter contre l'instrumentalisation du corps des femmes et son impact négatif sur la santé des femmes est crucial pour qu'un changement se produise », a souligné l'experte.

L'étude constate des formes d'instrumentalisation dans toutes les régions du monde, mais aussi des tabous concernant la menstruation, l'allaitement et la ménopause, ainsi que des stéréotypes qui se traduisent par des pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines, ou qui ont un impact négatif sur l'image que les femmes ont de leur corps et les conduisant à avoir recours à des procédures cosmétiques invasives.

« Dans certains pays, en raison de lois anti-avortement régressives, les femmes sont emprisonnés pour avoir fait une fausse couche », a notamment déploré l'experte. « Nous sommes particulièrement préoccupés par le recours à des sanctions pénales pour exercer un contrôle sur la prise de décisions des femmes concernant leur propre corps et leur vie », a-t-elle ajouté.

Mme Raday a aussi souligné que la criminalisation de l'avortement ne réduit pas le recours à cette pratique, comme le démontrent les études de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la question, mais conduit en revanche à des pratiques d'avortement dangereuses pour la santé.

Quant à la criminalisation des prostituées et professionnelles du sexe, a poursuivi l'experte, cela les place dans une situation d'injustice, de vulnérabilité et de stigmatisation contraire au droit international des droits de l'homme.

« Ce dont elles ont besoin, c'est d'une garantie de leur droit d'accès aux services de santé sexuelle, à la protection contre la violence ou la discrimination, et à des opportunités économiques alternatives », a-t-elle précisé.

Mme Raday a par conséquent exhorté les gouvernements à respecter leurs engagements internationaux pris au cours des dernières décennies, y compris les objectifs de développement durable, afin de faire de l'égalité des sexes à la fois un objectif autonome et un critère d'intégration, notamment en matière de santé et de sécurité.

Suivre l'actualité : précédents articles sur le sujet

L'OMS publie de nouvelles lignes directrices pour les soins aux femmes vivant avec des mutilations sexuelles

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié lundi de nouvelles recommandations visant à aider les personnels de santé à dispenser de meilleurs soins aux plus de 200 millions de filles et de femmes qui vivent avec des mutilations sexuelles féminines dans le monde.