Qatar : des experts de l'ONU saluent la libération d'un poète, mais appellent à un examen des lois du pays

18 mars 2016

Trois experts des droits de l'homme de l'ONU ont salué vendredi la libération du poète qatari Mohammed Al-Ajami, tout en exhortant le gouvernement du Qatar à procéder à un examen des lois et procédures judiciaires qui ont initialement conduit à son emprisonnement.

M. Al-Ajami a été gracié par l'Émir du Qatar le 15 mars dernier et remis en liberté, après avoir passé quatre ans en prison, où il purgeait une peine de 15 ans pour avoir écrit et récité un poème qui critiquait le prince héritier du Qatar, saluait la révolution tunisienne et dénonçait la corruption et l'oppression exercées par les dirigeants arabes.

« Nous sommes heureux que M. Al-Ajami ait été libéré et ait retrouvé sa famille, mais le pardon royal ne constitue pas une reconnaissance du tort qui lui a été fait et ne garantit pas que les droits et libertés des citoyens seront mieux respectés à l'avenir », ont déclaré les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur les droits culturels, Karima Bennoune, la liberté d'expression, David Kaye, et l'indépendance du pouvoir judiciaire, Mónica Pinto.

« Cela ne change pas le fait que les articles du code pénal [qatari] pénalisant les critiques contre les autorités sont toujours en vigueur et peuvent être utilisés de manière abusive pour poursuivre et emprisonner des personnes faisant un usage légitime de leur liberté d'expression, en violation flagrante du droit international des droits humains », ont-ils noté. « Des dommages-intérêts devraient être accordés à M. Al-Ajami en reconnaissance du fait que ses droits fondamentaux ont été violés ».

Les experts des droits de l'homme ont souligné que les lois du Qatar et les politiques de son gouvernement devraient protéger ceux qui exercent leur liberté d'expression et leur droit de participer à la vie culturelle, au lieu de les poursuivre.

« Les restrictions ou limitations du droit à la liberté d'expression ne doivent pas être utilisés comme un moyen de censure politique ou de faire taire les critiques des fonctionnaires ou des politiques publiques », ont-ils ajouté, précisant que M. Al-Ajami n'est pas la seule personne à avoir été emprisonnée au Qatar simplement pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression.

En conséquence, les experts des droits de l'homme ont appelé les autorités du Qatar à procéder à un examen des lois et procédures judiciaires du pays, afin de les rendre conformes au droit international des droits de l'homme.

 

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