Minimiser la violence basée sur le genre peut revenir à fermer les yeux sur la torture, selon un expert de l'ONU

9 mars 2016

Un nouveau rapport, publié mercredi par un expert de l'ONU, met en garde contre les conséquences liées à la minimisation des actes de violence basée sur le genre, bien trop souvent présentés comme des mauvais traitements quand ils s'apparentent en réalité à de la torture.

« Les stéréotypes de genre continuent à minimiser les souffrances des femmes et des filles, ainsi que des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et personnes intersexuées, voire même parfois d'y consentir. C'est tout simplement inacceptable », a dénoncé dans un communiqué de presse le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Juan E. Méndez, auteur d'un rapport qui analyse la violence fondée sur le genre à travers le prisme de la Convention contre la torture.

« Nous avons tendance à considérer les violations contre ces groupes comme des mauvais traitements, même dans les cas où elles s'apparentent plutôt à de la torture », a déclaré M. Méndez, qui a remis son rapport au Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Dans cette étude, l'expert des droits de l'homme souligne le lien entre la criminalisation des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT), d'une part, et la violence et la stigmatisation dont ces groupes sont victimes, d'autre part.

Au moins 76 pays ont des lois qui criminalisent les relations entre adultes consentants du même sexe, précise le rapport.

« Les Etats sont complices des violences subies par les femmes et groupes LGBT quand ils mettent en place des lois discriminatoires qui piègent ces personnes dans une spirale de la violence », a souligné M. Méndez, selon qui les taux de violence rapportés contre les LGBT dans les prisons sont plus élevés que ceux concernant la population générale.

Bien que les femmes représentent entre 2% et 9% de la population carcérale dans la plupart des prisons du monde (jusqu'à 80% sont des mères), la plupart des prisons sont conçues uniquement pour les hommes, précise par ailleurs le rapport.

L'expert recommande que, dans la mesure du possible, des sanctions non privatives de liberté soient données aux femmes, et en particulier aux mères et à leurs enfants, à plus forte raison que la majorité des crimes commis par des femmes sont par nature non-violents.

« Le déni de services sûrs d'avortement, notamment dans les cas où la vie de la mère est en danger, où il y a une malformation du fœtus ou lorsque la grossesse est le résultat d'un viol ou d'un inceste, peut également constituer un acte de torture ou de mauvais traitement des femmes », a en outre déclaré M. Méndez, ajoutant que les États ont l'obligation de réformer leurs lois à cet égard.

L'indifférence, les lois et les attitudes discriminatoires et une culture d'impunité aggravent également des problèmes tels que la violence domestique, qui est beaucoup plus répandue que la plupart des gens ne le pensent, a déclaré le Rapporteur spécial.

« On estime que 35% des femmes dans le monde ont été victimes de violence domestique, sous des formes diverses », a-t-il déclaré.

Les Etats doivent respecter leur obligation de prévenir et combattre la violence et les discriminations perpétrées par des entités publiques ou privées contre les femmes, les filles et les LGBT, a exhorté M. Méndez.