Ukraine : la situation reste grave dans les domaines humanitaire et des droits de l'homme, selon l'ONU

11 décembre 2015

Le Sous-secrétaire général de l'ONU aux droits de l'homme, Ivan Simonovic, s'est félicité vendredi de la réduction des hostilités en Ukraine au cours des derniers mois, mais a déploré que la situation en matière de droits humains soit toujours « très difficile », notamment dans l'est du pays contrôlé par des groupes armés.

Dans un compte-rendu au Conseil de sécurité, M. Simonovic a déclaré que « les derniers mois ont été marqués par une réduction considérable des hostilités », avec un bilan de 47 morts parmi les civils entre le 16 août et le 15 novembre, contre 105 lors du trimestre précédent.

« Nous observons actuellement la plus longue période depuis le début du conflit sans pilonnage aveugle de zones peuplées », a-t-il dit. Il a cependant noté que des personnes continuent de mourir, le plus souvent à cause d'explosifs abandonnés ou d'engins explosifs artisanaux.

Concernant l'avenir, M. Simonovic a affirmé que la mise en œuvre des accords de Minsk était « la seule stratégie viable pour parvenir à une solution pacifique au Donbass, qui constitue elle-même la clé d'une résolution de la crise des droits de l'homme en Ukraine ».

Abordant la situation dans l'est, le Sous-secrétaire général a affirmé que malgré l'accalmie dans les activités militaires, « l'absence d'un état de droit rendait très difficile la situation en matière de droits de l'homme des quelque 2,7 millions de personnes vivant dans les territoires contrôlés par les Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Louhansk ».

Des informations continuent de faire état de violations des droits de l'homme dans ces territoires, concernant notamment « des meurtres, des actes de torture et des mauvais traitements, des détentions illégales et du travail forcé », a-t-il précisé.

Par ailleurs, les restrictions aux mouvements à travers la ligne de contact imposées en janvier par le gouvernement ukrainien « demeurent l'un des principaux défis auxquels font face les habitants de la zone de conflit », a ajouté M. Simonovic. Ces personnes ont un accès réduit aux soins médicaux et aux prestations sociales, passent des heures à faire la queue aux postes de contrôle et la présence de mines le long des principaux corridors de transport est un risque sécuritaire supplémentaire, a-t-il expliqué.

Les efforts du gouvernement ukrainien pour restaurer la loi et l'ordre dans la zone de conflit continuent de s'accompagner « d'allégations de disparitions forcées, de détentions arbitraires et au secret, de tortures et de mauvais traitements » à l'égard de personnes soupçonnées de terrorisme ou d'être des partisans des deux républiques autoproclamées, a-t-il également dit.

M. Simonovic a affirmé que dans les territoires contrôlés par les groupes armés, la priorité devait être « la libération de toutes les personnes détenues illégalement » et la venue « d'observateurs indépendants, y compris d'organisations internationales, ayant accès aux lieux de détention ».

Le HCDH souhaite également que le gouvernement ukrainien donne la priorité à la justice et fasse rendre des comptes aux responsables « des violations commises lors des événements de Maidan, des violences du 2 mai 2014 à Odessa et des violations des droits de l'homme qui auraient été commises dans la zone du conflit ».

Lors de la même réunion, le Vice-Secrétaire général de l'ONU, Jan Eliasson, a plaidé pour que la Mission spéciale de surveillance (Special Monitoring Mission, SMM) de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) se voie octroyer un accès complet et sans entrave à toutes les zones couvertes par son mandat. « Je suis profondément préoccupé par la poursuite des cas de harcèlement et d'intimidation à l'encontre de la Mission. Ce harcèlement doit cesser », a-t-il dit.

Il a également déploré que « la majorité des dispositions des accords de Minsk demeure non appliquée » et que « la zone de conflit reste très militarisée », avec « de graves dangers d'escalade ». Le SMM continue de relever la présence d'armes, y compris d'armes lourdes, le long de la ligne de contact, a-t-il spécifié.

S'adressant à son tour au Conseil de sécurité, le Directeur des opérations au Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, John Ging, a précisé qu'il y avait maintenant environ un million de personnes déplacées en Ukraine et que plus d'un million d'autres avaient fui le pays. Environ 800.000 personnes vivent « dans des conditions difficiles et dangereuses » le long de la ligne de contact entre les zones gouvernementale et non gouvernementale, a ajouté M. Ging, qui vient d'effectuer une visite dans la région.

« Ces derniers jours, j'ai vu l'inhumanité, l'indignité et les souffrances inutiles auxquelles font face de nombreux habitants de l'est de l'Ukraine », a-t-il dit. « Ce conflit a un impact inacceptable sur ceux qui sont le moins à même de le supporter », a-t-il ajouté.

Soulignant la fragilité de l'actuel cessez-le-feu, il a « appelé toute personne dotée de pouvoirs et d'influence à mettre la situation humanitaire des civils affectés par le conflit au centre de leur attention ».

 

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