L'ONU appelle à renforcer la lutte contre Boko Haram, dans le respect des droits de l'homme

1 juillet 2015

Face à l'ampleur des exactions commises par Boko Haram, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a appelé mercredi à une réponse de grande envergure, tout en exhortant les gouvernements de la région du lac Tchad à veiller au respect des droits humains dans les mesures prises contre le groupe extrémiste.

S'exprimant au siège du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, le Haut-Commissaire a affirmé que ses équipes ont été en mesure de documenter des violations des droits de l'homme « étendues et de grande envergure » perpétrées par Boko Haram.

Des experts du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) se sont rendus sur le terrain, notamment dans le nord du Cameroun, le nord-est du Nigéria et le sud du Niger, afin de recueillir des preuves en vue d'élaborer un rapport sur la question qui sera présenté au Conseil en septembre prochain. Une visite au Tchad est également prévue dans les jours à venir, a-t-il précisé.

« Les entretiens réalisés par mes équipes avec d'ancien captifs et des survivants de Boko Haram au nord-est du Nigéria indiquent une tendance à mener des attaques vicieuses et aveugles qui remonte à plusieurs mois, voire même plusieurs années », a déclaré M. Zeid.

Les rescapés font notamment état d'actes de torture, de destructions, d'incendies et de pillages de villages, d'écoles et d'hôpitaux, de traitements cruels, dégradants et inhumains, d'enlèvements, d'esclavage sexuel, de viols et de mariages forcés, d'enrôlement d'enfants soldats et de massacres d'hommes, de femmes et d'enfants, a déploré le Haut-Commissaire.

« Au cours de la dernière année, des attaques impitoyables sur les villes et villages du Cameroun, du Niger et du Tchad ont également généré de terribles souffrances. Les gens ont été brûlés vifs dans leur propre maison, décapités, asservis, violés, torturés, et recrutés de force », a-t-il ajouté.

Il est évident que les autorités doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que les auteurs de tels actes rendent des comptes, a insisté M. Zeid.

Les exactions de Boko Haram ont également de lourdes répercussions économiques en raison des destructions de ponts, des routes coupées, des destructions de champs agricoles et des déplacements de populations qui traditionnellement produisent des denrées alimentaires, a-t-il ajouté.

Les mesures de sécurité adoptées par les autorités des pays de la région pour limiter la circulation, y compris la fermeture des frontières, l'interdiction des engins à deux roues, les couvre-feux, la saisie de chargements de camions soupçonnés d'être destinés à Boko Haram et les restrictions d'accès aux zones de chasse et de pêche, aggravent cette situation et font peser la menace de la pauvreté sur les population de toute la région. De telles mesures nourrissent par ailleurs des sentiments hostiles au sein de la population et favorisent les sympathies envers Boko Haram, a regretté le Haut-Commissaire.

« Il est essentiel que les opérations de sécurité n'ajoutent pas à la souffrance des populations », a-t-il insisté.

M. Zeid s'est également déclaré préoccupé par le sort des anciens captifs de Boko Haram, dont certains se retrouvent en détention, « parfois pour de longues périodes et sans motif ».

C'est le cas notamment au Cameroun, a-t-il expliqué, où 84 enfants libérés, âgés de 7 à 15 ans, ont été envoyés pour évaluation depuis décembre dernier à l'Institut camerounais de l'enfance, dans la ville de Maroua. Après 6 mois, seulement 30 de ces enfants ont rejoint leurs familles, a déploré le Haut-Commissaire, appelant les autorités camerounaises à prendre les dispositions qui s'imposent pour garantir le retour des enfants restants.

Au Nigéria, ce sont des femmes libérées après avoir été victimes d'esclavage sexuel qui sont détenues. Nombre de ces femmes sont par ailleurs enceintes suite à des viols. Or, l'avortement n'est légal au Nigéria qu'en cas de risque pour la vie de la future mère, a dit le Haut-Commissaire, appelant les autorités à avoir une lecture la plus large possible de cette législation, pour prendre en compte notamment les risques psychologiques des femmes souhaitant avorter.

Les équipes de terrain de M. Zeid font par ailleurs état d'informations attestant que les forces de sécurité nigérianes voient d'un mauvais œil les anciens captifs de Boko Haram, qui sont souvent arrêtés arbitrairement.

Les forces de sécurité doivent respecter les droits de l'homme dans le cadre de leur lutte contre le groupe terroriste, a rappelé le Haut-Commissaire, ajoutant que la protection des civils doit être la priorité.

« Il faut reconstruire la confiance, et notamment la confiance dans les autorités et entre les communautés. Les autorités doivent également aider les femmes et les filles victimes de Boko Haram, notamment en favorisant leur réinsertion dans leur communauté, en garantissant la reddition de comptes pour les violences sexuelles et en assurant un plus grand respect des droits des femmes », a dit M. Zeid.

 

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