Yémen : l'ONU débloque des fonds supplémentaires alors que la situation humanitaire se détériore

25 juin 2015

Le Bureau des Nations Unies de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a annoncé jeudi qu'il était sur le point de débloquer des fonds supplémentaires d'urgence afin d'accélérer l'apport de l'aide humanitaire aux millions de civils yéménites pris au piège par les combats.

Dans un communiqué de presse rendu public à New York, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, Stephen O'Brien, a annoncé la mise à disposition de 25 millions de dollars supplémentaires par le Fonds central des Nations Unies pour les interventions d'urgence (CERF).

Ces fonds seront destinés à soutenir des opérations de sauvetage dans le pays, y compris l'apport de nourriture, de carburant, de médicaments, de matériel d'urgence, d'eau potable et de soins de santé aux Yéménites qui en ont besoin.

« Des civils innocents au Yémen paient un lourd tribu », a déploré M. O'Brien. « Ils font face à des raids aériens quotidiens, à des bombardements et à des combats, alors que les stocks de médicaments, de carburant et de nourriture sont épuisés et que les services de base se sont effondrés », a-t-il ajouté

La situation humanitaire au Yémen se détériore de jour en jour, malgré les efforts continus des Nations Unies pour aider les parties prenantes yéménites à parvenir à une solution politique à la crise.

« Le conflit au Yémen s'est intensifié depuis mars de cette année, et aujourd'hui plus de 21 millions de Yéménites – un chiffre impressionnant représentant 80% de la population du pays – ont besoin d'une assistance humanitaire », a constaté le Secrétaire général adjoint.

En dépit de ces immenses défis et des graves problèmes de sécurité sur le terrain, les organismes de secours travaillent durement pour atteindre les personnes dans le besoin, a déclaré M. O'Brien, ajoutant que l'allocation du CERF aidera à augmenter les services aériens d'acheminement de l'aide et à améliorer les installations portuaires.

Depuis 2007, a rappelé le Secrétaire général adjoint, les agences humanitaires présentes au Yémen ont perçu 107 millions de dollars du CERF.

En marge de cette annonce de fonds supplémentaires, M. O'Brien est revenu lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU à New York sur la réunion du Conseil de sécurité qui a eu lieu la veille à propos de la situation au Yémen.

« Hier, mon Directeur des opérations, John Ging, a lu ma déclaration au Conseil de sécurité sur la catastrophe humanitaire imminente qui continue de se dérouler au Yémen », a-t-il déclaré.

L'effondrement des services de base et les pénuries extrêmes de nourriture et de carburant ont eu un impact dévastateur sur l'ensemble du pays, a poursuivi le Secrétaire général adjoint.

« Les établissements de santé signalent que plus de 2.800 personnes ont été tuées et 13.000 blessées depuis l'escalade de la violence en mars. Au moins 1.400 civils ont perdu la vie, et ces chiffres sont probablement sous-estimés », a précisé M. O'Brien, ajoutant que les parties au conflit font preuve d'un mépris total pour la vie humaine.

« Un million de personnes ont été forcées de quitter leurs foyers, dont certaines ont été prises pour cible durant leur fuite », a déploré le Secrétaire général adjoint.

« Une femme yéménite a dit à mes collègues que, sans une solution politique, il ne resterait bientôt plus rien du pays. Une autre a dit qu'elle s'efforçait d'empêcher sa famille de sombrer dans des conditions dignes de l'âge de pierre », a-t-il rapporté.

« Plus de 20 millions de personnes manquent d'accès à l'eau potable et à l'assainissement. La dengue et le paludisme ont été signalés dans le sud et dans les zones limitrophes de l'Arabie saoudite. Dans le même temps, le système de santé est confronté à un effondrement imminent avec la fermeture d'au moins 160 établissements de santé en raison de l'insécurité et du manque de combustible ou d'autres fournitures essentielles », a expliqué le Secrétaire général adjoint.

Au nombre des statistiques dramatiques caractérisant le conflit au Yémen, M. O'Brien a également mentionné le fait que l'insécurité alimentaire touche désormais la moitié de la population, en dépit de l'apport d'une aide alimentaire d'urgence à 1,9 millions de personnes.

« Les retards dans les ports yéménites sont aggravés par la pénurie de carburant qui signifient que les marchandises ne peuvent pas être transportés plus avant », a-t-il déploré, ajoutant que les convois humanitaires sont régulièrement arrêtés aux postes de contrôle ou aux barrages routiers, voire reportés en raison des combats.

Le Secrétaire général adjoint a réitéré son appel à la reprise des importations commerciales pour éviter que la faim ne se propage davantage.

Les importations commerciales sont actuellement à environ 15% du niveau d'avant la crise, a-t-il rappelé.

« Clairement, cela n'est pas suffisant dans un pays qui importait 90% de ses denrées avant la crise actuelle », a déclaré O'Brien.

Le Secrétaire général adjoint a par ailleurs appelé une nouvelle fois les parties à se mettre d'accord sur les termes d'une trêve humanitaire dans le pays, afin de permettre aux civils pris au piège par les combats de se mettre à l'abri et d'accéder à l'aide humanitaire.

 

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