Erythrée : des experts de l'ONU dressent un bilan sombre de la situation dans le pays

24 juin 2015

Lors d'une réunion du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, les experts de la Commission d'enquête sur la situation des droits de l'homme en Érythrée ont dressé un bilan sombre de la situation dans le pays.

Le Président de la Commission d'enquête, Mike Smith, a estimé que la priorité pour l'Érythrée serait « d'applique sans délai sa propre Constitution ».

M. Smith a insisté sur la nécessité de mettre un terme à l'impunité dans le pays et de limiter le service militaire à 18 mois, ce qui implique la démobilisation de toutes les personnes ayant d'ores et déjà largement dépassé cette durée, en particulier celles qui ont été enrôlées à 17 ans et qui ont atteint la trentaine aujourd'hui.

Le Président de la Commission d'enquête a également plaidé en faveur de la mise en place d'un système judiciaire indépendant, avec l'aide éventuelle de la communauté internationale.

« Nous savons que l'exode des Érythréens prend sa source dans la déception chronique de la population envers le système mis en place depuis l'indépendance », a déclaré M. Smith, précisant que les témoignages recueillis par la Commission d'enquête avaient porté non pas sur l'opinion des personnes mais sur leur vécu.

Tous ces récits, aussi différents soient-ils sur le plan personnel, corroborent la description du système en place qu'a faite la Commission, « un système inacceptable dans le monde d'aujourd'hui », a affirmé le Président de la Commission d'enquête.

Des crimes contre l'humanité ont manifestement été commis par le Gouvernement érythréen, a poursuivi M. Smith, ajoutant que cette question doit toutefois faire l'objet d'une enquête afin d'étayer ce constat par des preuves.

Pour cette raison, le Président de la Commission d'enquête a estimé qu'il serait souhaitable que le Conseil de sécurité renvoie le cas de l'Érythrée devant la Cour pénale internationale.

M. Smith a par ailleurs évoqué les enlèvements pour rançon de migrants érythréens lors de leur odyssée vers l'Europe. Il a souligné qu'en raison de l'absence d'avenir dans leur pays, notamment du fait de l'enrôlement indéfini dans l'armée au titre du service militaire, il n'était pas étonnant que tant de jeunes préfèrent fuir l'Érythrée.

Egalement présente lors de la réunion du Conseil des droits de l'homme, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme en Érythrée, Sheila B. Keetharuth, l'une des trois membres de la Commission d'enquête avec M. Smith et Victor Dankwa, a présenté son troisième rapport en tant que Rapporteuse spéciale, consacré aux expulsions forcées et aux démolitions en tant que violation du droit à un logement décent.

De telles démolitions ont un impact fort sur les individus, les familles et les communautés et suscitent le déni de nombreux autres droits, a-t-elle souligné.

Les expulsions forcées et les destructions de logements au bulldozer, qui représentent une pratique ancienne de la part des autorités érythréennes, ont significativement augmenté depuis le début de l'année, a poursuivi la Rapporteuse spéciale.

Mme Keetharuth a notamment affirmé que plus de 3000 personnes se sont ainsi retrouvées sans logement depuis le début de l'année.

Le Gouvernement met très longtemps pour donner une autorisation de construction en Erythrée, ce qui amène les gens à se lancer parfois dans la construction d'un logement sans permis, jusqu'à ce que le Gouvernement, à un moment donné, leur ordonne d'arrêter et fasse détruire ce qui est déjà construit, a expliqué la Rapporteuse spéciale..

Mme Keetharuth a par ailleurs fait état de centaines de personnes qui seraient selon elle toujours incarcérées au secret en Érythrée, sans motif et sans que ne leur soit offerte la possibilité de contester leur détention.

 

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