L'ONU exhorte les Etats membres à protéger les enfants dans les zones de conflit
« Partout dans le monde, des milliers d'enfants ont souffert d'actes qu'aucun enfant ne devrait subir. Ils ont été tués, mutilés, recrutés de force, torturés et abusés sexuellement. Leurs écoles ont été détruites », a déclaré le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, présentant aux membres du Conseil les conclusions de son rapport sur les enfants et les conflits armés en 2014.
« Et, ce qui est une tendance inquiétante, les enlèvements ont augmenté de manière drastique », a-t-il ajouté, précisant que des groupes armés, tels que l'Armée de résistance du Seigneur, ont kidnappé des milliers d'enfants en 2014.
M. Ban s'est aussi indigné du fait que des groupes terroristes comme Daesh (autrement appelé l'Etat islamique d'Iraq et du Levant) et Boko Haram utilisent désormais les enlèvements d'enfant comme des tactiques pour terroriser les populations et prendre pour cible un groupe ethnique ou religieux en particulier.
Dans une résolution adoptée pendant le débat, le Conseil de sécurité, entre autres dispositions, prie le Secrétaire général d'inclure dans les annexes à ses rapports sur les enfants et les conflits armés la liste des parties se livrant à des enlèvements d'enfants dans les situations de conflit armé.
Le chef de l'ONU a par ailleurs salué les progrès réalisés sur la question du recrutement des enfants dans les conflits armés, notamment grâce à la campagne onusienne « Children, Not Soldiers » (« Enfants, pas soldats »).
« Nous nous rapprochons de plus en plus d'un monde dans lequel aucun enfant ne porterait d'uniforme gouvernemental et ne participerait à des combats », a-t-il dit.
A ce titre, le Secrétaire général s'est félicité de la libération de 1.757 enfants par la Faction cobra au Soudan du Sud.
« Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour mettre fin aux violations graves contre les enfants perpétrées par des groupes armés non étatiques », a mis en garde M. Ban, un constat valable selon lui aussi bien dans leur pays d'origine que dans les pays où les enfants trouvent refuge.
« Les enfants peuvent traverser la frontière pour fuir les conflits, mais cela ne signifie pas qu'ils sont à l'abri de leurs effets – ils ont besoins d'interventions de protection urgentes et soutenues », a insisté le Secrétaire général.
M. Ban a par conséquent appelé les Etats membres à prendre toutes les mesures qui s'imposent pour protéger les enfants affectés par les conflits armés, notamment en mettant fin à l'impunité dans les nombreux cas de violations soulignés dans son rapport.
« Cela est d'autant plus important aux vues des allégations récentes concernant des abus en République centrafricaine », a-t-il ajouté, tout en exhortant les États membres et toutes les parties à des conflits identifiés dans le rapport à coopérer avec sa Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui, afin de prévenir de futures violations graves contre les enfants.
« Tout comme le Secrétaire vient de le faire remarquer, 2014 a été une année dévastatrice pour les enfants dans les zones de conflit », a déclaré à sa suite Mme Zerrougui, tout en rappelant qu'à l'heure actuelle 230 millions d'enfants vivent dans des pays affectés par des conflits.
La Représentante spéciale de l'ONU a précisé que les pays où les répercussions des conflits sur le bien-être des enfants ont été les plus terribles sont l'Afghanistan, l'Iraq, le Soudan du Sud, la Palestine, la Syrie et le Yémen.
« Nous avons vu des enfants forcés de devenir des kamikazes et des boucliers humains, et beaucoup d'autres être publiquement exécutés », s'est-elle indignée.
Mme Zerrougui a cependant noté des progrès quant à l'enrôlement de force des enfants par des groupes armés non étatiques, mentionnant notamment la libération récente de 300 enfants en République centrafricaine suite au Forum de Bangui par les milices anti-Balaka et ex-Seleka.
« Nous avons constaté d'importantes avancées en 2014 en Afghanistan, au Myanmar, en République démocratique du Congo et en Somalie », a-t-elle ajouté.
En revanche, la Représentante spéciale de l'ONU s'est inquiétée de la situation au Yémen ainsi qu'au Soudan du Sud, où des enfants âgés d'à peine quatre mois sont pris pour cible en raison de leur appartenance ethnique dans l'Etat d'Unity.
« Dans un cas précis, de jeunes garçons qui ne sont pas parvenus à s'échapper de leur village suite à une attaque auraient été attachés ensemble avec une corde et on leur aurait tranché la gorge », a-t-elle dit.
« L'enjeu est considérable : une génération toute entière d'enfants compte sur nous pour faire entendre leur voix et raconter leur histoire », a déclaré Mme Zerrougui. « Et surtout, pour agir ».