Iraq : l'ONU demande l'arrêt immédiat des destructions du patrimoine culturel par l'EIIL

28 mai 2015

L'Assemblée générale des Nations Unies a voté jeudi une résolution condamnant la destruction délibérée du patrimoine culturel iraquien par l'État islamique d'Iraq et du Levant (EIIL) et déplorant la multiplication de ces actes barbares.

Dans cette nouvelle résolution, l'Assemblée se dit profondément indignée par les actes de destruction et de pillage auxquels se livre l'EIIL visant le patrimoine culturel de l'Iraq, « berceau de la civilisation mésopotamienne ».

L'Assemblée estime que de tels actes, dirigés notamment contre ses musées, bibliothèques, archives et sites archéologiques, lieux de culte, y compris les mosquées, lieux de pèlerinage et églises, infligent « des pertes irréparables à l'Iraq et à l'humanité toute entière ».

Les membres de l'Assemblée se déclarent également alarmés par la multiplication des attaques et des menaces visant intentionnellement le patrimoine culturel des pays touchés par le conflit armé, ainsi que par l'ampleur sans précédent prise aujourd'hui par le pillage et le trafic organisés des objets culturels.

Ils exigent par conséquent « l'arrêt immédiat de la destruction délibérée du patrimoine culturel iraquien, y compris celle de ses sites et objets religieux ».

Les États Membres de l'Assemblée générale demandent également aux dirigeants des communautés de se dresser et de réaffirmer sans ambigüité que « rien ne justifie la destruction du patrimoine culturel de l'humanité » et appelle tous les États à aider les autorités iraquiennes à lutter contre le trafic de biens culturels « illégalement exhumés ».

Ils notent avec préoccupation que l'EIIL et d'autres personnes et groupes associés à Al-Qaida génèrent des revenus grâce au pillage et au trafic d'objets appartenant au patrimoine culturel iraquien, « qui sont ensuite utilisés pour financer leurs efforts de recrutement ou pour améliorer leurs capacités opérationnelles de mener des attentats terroristes ».

Pour lutter contre cette tendance, l'Assemblée appelle par ailleurs tous les États à prendre des mesures appropriées afin de s'assurer que les acteurs intervenant dans le commerce de biens culturels, y compris les sociétés de commissaires-priseurs, les marchands d'œuvres d'art, les collectionneurs et le personnel des musées, soient tenus de fournir des documents permettant de vérifier la provenance des objets, ainsi que des certificats d'exportation pour tout bien culturel importé, exporté ou mis en vente, y compris sur Internet.

Aux termes de cette résolution, présentée par la Ministre d'État au sein de l'Office des affaires étrangères de l'Allemagne, Maria Bohmer, l'Assemblée demande que le Plan d'intervention d'urgence pour l'Iraq adopté en juillet 2014 et prévoyant l'étroite surveillance de l'état de conservation du patrimoine iraquien, la formation de conservateurs professionnels et l'appui au personnel sur place, soit mis en œuvre et renforcé d'urgence.

Dans un discours ayant précédé le vote de la résolution, le Vice-Secrétaire général de l'ONU, Jan Eliasson, a condamné dans les termes les plus vifs les atteintes au patrimoine culturel iraquien.

« Les actes de destruction visant le patrimoine culturel iraquien constituent une tentative insensée d'effacer notre mémoire collective », s'est-il indigné, précisant que de tels agissements étaient sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

« La multiplication de ces attaques intentionnelles en dit long sur l'état de notre monde aujourd'hui», a-t-il déploré, tout en appelant la communauté internationale à coopérer avec l'Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) pour empêcher le commerce de biens extraits illégalement du patrimoine culturel iraquien.

Egalement présente lors des discussions, la Directrice générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Irina Bokova, s'est ensuite félicitée dans une conférence de presse au siège de l'ONU à New York de l'adoption de la résolution par l'Assemblée générale, qu'elle a qualifiée de «signal retentissant montrant que la destruction délibérée du patrimoine n'était pas un dégât collatéral, mais bel et bien un crime de guerre ».

« Il y aura un avant et un après la présente résolution », a-t-elle affirmé.

 

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