REPORTAGE - En Centrafrique, Oscar Ouedraogo, Casque bleu, travaille à réformer la gestion des prisons

27 mai 2015

A 35 ans, c’est la première fois qu’Oscar Ouedraogo est déployé dans le cadre d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies. Ce Burkinabé, officier pénitentiaire au sein de la Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine (MINUSCA), est arrivé le 20 septembre 2014 à Bangui, la capitale centrafricaine.

Au Burkina Faso, Oscar Ouedraogo, qui est originaire de la ville d’Ouahigouya, au nord, travaillait dans l’administration pénitentiaire de son pays depuis huit ans. Il a notamment été directeur- adjoint de la prison de la capitale Ouagadougou, pendant environ deux ans.

« La volonté de travailler au sein d’une opération de maintien de la paix est née de mon expérience dans mon pays », a-t-il expliqué dans un entretien téléphonique avec le Centre d’actualités de l’ONU, à quelques jours de la Journée internationale des Casques bleus, qui sera célébrée le 29 mai.

L’objectif des opérations de maintien de la paix, c’est de contribuer à donner le sourire à des peuples en difficulté. Et je pense que nous qui avons l’opportunité d’avoir une certaine paix, il est de notre devoir d’œuvrer à apporter ce sourire-là, cet espoir-là à d’autres peuples.

« L’objectif des opérations de maintien de la paix, c’est de contribuer à donner le sourire à des peuples en difficulté. Et je pense que nous qui avons l’opportunité d’avoir une certaine paix, il est de notre devoir d’œuvrer à apporter ce sourire-là, cet espoir-là à d’autres peuples », a-t-il ajouté.

Suite à plusieurs années de crise, la plupart des institutions carcérales en République centrafricaines ont été détruites. Sur une soixantaine de prisons qui existaient avant le conflit, seules deux sont aujourd’hui fonctionnelles.

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L’officier pénitentiaire de l’ONU, Oscar Ouedraogo,visite la Maison centrale de Ngaragba, à Bangui, en République centrafricaine. Photo : MINUSCA

« La situation de crise a créé un certain besoin de justice au sein de la population centrafricaine et pour répondre à ce besoin de justice il faut que les tribunaux soient fonctionnels, il faut que les prisons soient aussi fonctionnelles », a déclaré Oscar Ouedraogo.

A titre d’exemple, la « maison centrale » de Ngaragba, à Bangui (principale prison de la capitale centrafricaine), compte actuellement près de 700 détenus pour une capacité d’accueil de 400 places.

Quant à l’administration pénitentiaire centrafricaine, elle compte un peu moins de 100 employés pour l’ensemble pays. Ces derniers ne sont pas suffisamment formés et équipés, et la sécurité dans les prisons est assurée par l’armée, notamment la Garde républicaine.

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L’officier pénitentiaire de l’ONU, Oscar Ouedraogo, évalue l’état d’avancement des travaux de réhabilitation de l’annexe de la Maison centrale de Ngaragba au Camp Roux, à Bangui, en République centrafricaine. Photo : MINUSCA

Dans le cadre de la restauration de l’état de droit en République centrafricaine, la MINUSCA s’efforce d’élaborer et de mettre en œuvre, en étroite collaboration avec les autorités centrafricaines et ses partenaires, une stratégie en vue d’une démilitarisation progressive des centres de détention.

A l’échéance 2018, l’objectif est de former 2.000 agents pénitentiaires supplémentaires pour que les prisons centrafricaines soient gérées par un corps professionnel.

Oscar Ouedraogo travaille au sein de l’équipe chargée des ressources humaines de l’unité des affaires pénitentiaires, au sein de la Section des affaires judiciaires et pénitentiaires de la MINUSCA.

Son équipe s’efforce de mettre en place un système de gestion rationnelle du personnel du système pénitentiaire centrafricain et à définir le prototype d’agent pénitentiaire souhaité, « qui connaît les règles qu’il faut observer en vue d’assurer les droits les plus élémentaires des personnes détenues ».

Une des leçons tirées de son expérience au Burkina Faso, c’est que les prisons ne doivent pas être considérées comme des « oubliettes » mais des endroits permettant aux détenus de s’amender pour mieux se réinsérer ensuite dans la société, où ils peuvent être utiles. D’où l’importance d’avoir des agents pénitentiaires bien formés, afin que les détenus soient bien traités.

« Ce sont des êtres humains qui ont droit à la dignité, qui ont droit au respect », a-t-il insisté.

Au-delà de ce qu’il peut apporter en matière professionnelle, Oscar Ouedraogo estime que travailler au sein de la MINUSCA est « une expérience vraiment exaltante » qui a lui permis d’apprendre beaucoup.

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L’officier pénitentiaire de l’ONU, Oscar Ouedraogo, dans l’annexe de la Maison centrale de Ngaragba au Camp Roux, à Bangui, en République centrafricaine. Photo : MINUSCA

Il a ainsi appris à s’adapter à certaines nuances linguistiques et culturelles dans un pays où le français, tout comme au Burkina Faso, est l’une des langues officielles.

« Il m’est arrivé à plusieurs reprises dans mes échanges avec ceux avec qui je travaille qu’on n’arrive pas à bien se comprendre », a-t-il expliqué. « Au fil du temps, je me suis rendu compte qu’une expression peut vouloir dire autre chose en fonction de l’environnement, en fonction du milieu d’où nous venons », a-t-il ajouté.

« Par exemple, quand quelqu’un vous dit ‘je ne vous écoute pas bien’, cela veut dire ici ‘je n’ai pas saisi ce que vous avez dit’. Je comprenais que la personne ne m’accordait pas l’attention suffisante que j’attendais d’elle », a-t-il noté.

 

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