Burundi : la flambée de violence provoque un afflux de réfugiés dans les pays voisins, selon le HCR

8 mai 2015

La flambée de violence pré-électorale au Burundi a entrainé la fuite de plus de 50.000 personnes vers les pays voisins depuis le mois dernier et menace de remettre en cause les avancées prometteuses du processus de réconciliation dans le pays, a déploré vendredi un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

« Beaucoup d'entre eux ont déjà traversé la frontière avec le Rwanda (25.004), mais au cours de la dernière semaine, nous avons également observé une forte augmentation des demandeurs d'asile en Tanzanie (17.696), après que le pays a récemment levé les restrictions relatives à l'entrée de réfugiés », a déclaré Adrian Edwards lors d'un point de presse à Genève.

« En outre, près de 8.000 personnes ont traversé la frontière vers la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo », a ajouté le porte-parole, précisant que la majorité de ces réfugiés sont des femmes et des enfants, la plupart non accompagnés.

M. Edwards est ensuite revenu sur les solutions efficaces mise en œuvre depuis la fin de la guerre civile au Burundi en 2005 pour améliorer le sort de plusieurs milliers de personnes préalablement déplacées par plus de dix ans de conflit. Au nombre d'entre elles figure notamment l'établissement d'un des programmes de retour volontaire des réfugiés les plus vastes et ambitieux du monde, en partenariat avec le HCR, pour aider le pays à réintégrer près d'un demi-million de personnes dans la société.

La Tanzanie voisine qui avait accueilli un grand nombre de réfugiés burundais fuyant la guerre civile, a par ailleurs offert la citoyenneté à environ 200.000 réfugiés et à leurs descendants au cours des dernières années, soit le plus grand nombre de réfugiés jamais intégré localement par un pays d'accueil.

Cependant, la vague de morts violentes, d'arrestations arbitraires et d'intimidation dont a été le cadre le Burundi ces derniers mois menace de revenir sur ces avancées, a averti le porte-parole.

Après la décision du parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie–forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), d'investir le président sortant Pierre Nkurunziza comme candidat à l'élection présidentielle qui aura lieu dans le pays le 26 juin prochain, l'opposition burundaise, estimant qu'une troisième candidature de M. Nkurunziza est anticonstitutionnelle, a en effet appelé à manifester contre cette nomination, provoquant une vague de violence et de répression de la part des autorités contre les manifestants.

M. Edwards a notamment mentionné les témoignages de réfugiés burundais au Rwanda faisant état de harcèlements et d'intimidations perpétrés par les Imbonerakure, la branche jeunesse du parti au pouvoir.

« Beaucoup de gens ont connu des difficultés en essayant de quitter le Burundi. Plusieurs femmes ont signalé des menaces de viol par des hommes armés, et avoir été soudoyés en chemin », a-t-il ajouté, précisant que le HCR, avec l'aide du gouvernement du Rwanda, transférait désormais les réfugiés vers un nouveau camp, à Mahama, capable d'accueillir jusqu'à 60.000 réfugiés.

Des inquiétudes similaires concernant l'évolution de la crise politique au Burundi en crise humanitaire ont également été exprimées vendredi par une porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM).

Dans un point de presse à Genève, Elisabeth Byrs a notamment déclaré qu'un quart des enfants qui arrivent dans le camp de transit de Mahama souffrent de malnutrition.

Le HCR comme le PAM tentent actuellement de porter assistance aux réfugiés, malgré le manque de fonds disponibles.

De son côté, le Conseil de sécurité de l'ONU a tenu des consultations à huis clos vendredi pour discuter de la situation au Burundi.

 

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