DOHA : l'ONU pointe du doigt « l'épidémie » de la surpopulation carcérale

16 avril 2015

Avec plus de 10 millions de personnes emprisonnées dans le monde, la surpopulation carcérale a atteint des proportions épidémiques dans de nombreux pays, a déclaré jeudi un haut responsable de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), lors du 13ème Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale.

« La surpopulation carcérale peut également être considérée comme le symptôme d'un système judiciaire dysfonctionnel, et les problèmes de surpopulation doivent être traités par les administrations pénitentiaires, bien que les solutions soient rarement à leur portée », a affirmé une experte judiciaire de l'ONUDC, Piera Barzano, lors d'un événement organisé en marge du Congrès contre le crime à Doha, au Qatar.

Il existe un ensemble de raisons susceptibles d'entrainer une surpopulation carcérale, qui ne sont pas confinées à des questions de justice pénale et s'étendent généralement à d'autres sphères de la responsabilité de l'Etat, comme l'accès aux services de santé, la politique sociale, l'éducation et l'emploi, a-t-elle poursuivi.

Le Congrès contre le crime, qui a lieu tous les cinq ans et se réunit cette année jusqu'au 19 avril, rassemble des gouvernements, des décideurs et des experts pour réfléchir à la meilleure façon d'intégrer la prévention du crime et la justice pénale dans l'agenda de l'ONU au sens marge. Il met également l'accent sur les liens entre la sécurité, la justice et le développement durable.

La surpopulation carcérale se réfère au taux d'occupation et à la capacité officielle des prisons. Elle correspond à des situations où le nombre de détenus dépasse cette capacité officielle. Plus précisément, la surpopulation carcérale se définit comme un taux d'occupation supérieur à 100% des capacités d'une prison, un taux de 120% étant généralement considéré comme une surpopulation grave.

En 2014, 77 pays dans le monde enregistraient un taux d'occupation des prisons supérieur à 120%, certains d'entre eux allant même jusqu'à atteindre près de 400%. Selon l'ONUDC, la surpopulation carcérale augmente également le risque de transmission de maladies et présente un défi de gestion pour les administrations pénitentiaires.

« La surpopulation carcérale impacte la qualité de la nutrition, de l'assainissement, de l'activité des prisonniers, des services de soins de santé et de la prise en charge des groupes vulnérables. Elle affecte la santé physique et mentale et le bien-être de tous les prisonniers. Elle génère de la tension et de la violence entre prisonniers et exacerbe les problèmes de santé mentale et physique existants », a déploré Mme Barzano.

« La surpopulation est un problème humanitaire très grave, car elle génère des conditions déplorables et inhumaines. Des dizaines de milliers de personnes sont obligées de vivre dans des logements encombrés dans un espace insuffisant pour se déplacer, s'asseoir ou dormir », a quant à elle déclaré Miroslawa Czerna du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), également présente à l'événement.

« Être pressé comme des citrons dans des cellules étroites dans des conditions d'hygiène déplorables et sans vie privée rend l'expérience d'être privé de liberté bien plus traumatisante que dans des circonstances normales. Elle érode la dignité humaine », a-t-elle ajouté.

 

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