Syrie : face à la détérioration du conflit, l'ONU appelle à renforcer l'aide humanitaire

26 février 2015

A l'occasion d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur la situation en Syrie, deux hauts responsables de l'Organisation se sont inquiétés des conséquences sécuritaires et humanitaires désastreuses et sans précédent du conflit actuel, aussi bien pour le pays que pour la région.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a rappelé que lors d'une précédente réunion du Conseil, en 2013, il avait mis en garde ses 15 membres contre le fait que le conflit en Syrie allait engendrer « la pire crise humanitaire de notre époque » et faire planer « une grave menace sur la paix et la sécurité régionales et mondiales ».

« Aujourd'hui, nous devons nous rendre à l'évidence : c'est exactement ce qui s'est produit », a-t-il déploré, énumérant les répercussions sécuritaires du conflit syrien dans la région.

« En 2014, l'Iraq a été confronté au débordement d'un conflit interne dans un pays voisin le plus total et le plus effrayant de l'histoire récente. Le Liban a été en état d'alerte quasi-permanent, et il y a même eu des menaces croissantes de débordement en Jordanie dans les derniers mois. Au moins 20.000 combattants étrangers issus de plus de 50 pays se sont rendus en Syrie et en Irak depuis 2011 pour prendre part aux conflits, et leur nombre a presque doublé au cours de l'année dernière », s'est inquiété M. Guterres.

« Parallèlement, la crise des réfugiés syriens a submergé les capacités d'accueil existantes, alors que 3,8 millions de réfugiés ont été enregistrés dans les pays voisins », a poursuivi le Haut-Commissaire sur la question du déplacement, soulignant que plus de 2 millions d'Iraquiens ont par ailleurs été déplacés à l'intérieur du pays en 2014.

« Un désespoir croissant pousse de plus en plus de réfugiés syriens à se déplacer plus loin encore », a poursuivi M. Guterres, mentionnant les flux de réfugiés à destination de la Turquie, désormais le « premier pays d'accueil de réfugiés dans le monde », ou de l'Europe, alors qu'ils sont de plus en plus nombreux à s'embarquer sur des bateaux de fortune pour y parvenir.

Selon le Haut-Commissaire, près de deux millions de réfugiés syriens de moins de 18 ans sont sur le point de « devenir une génération perdue ». De plus, bon nombre des plus de 100.000 enfants de réfugiés nés en exil pourraient devenir apatrides en vertu de la loi syrienne. « Si elle n'est pas négociée correctement, cette crise potentielle aura d'énormes répercutions pour l'avenir de la Syrie et de la région », s'est-il inquiété.

« Alors que les ressources humanitaires diminuent, abandonner les réfugiés à leur triste sort revient à les rendre plus vulnérables encore à une grande souffrance, à l'exploitation et aux abus dangereux. Laisser leurs hôtes gérer la situation d'eux-mêmes pourrait conduire à une déstabilisation régionale sérieuse et à des préoccupations sécuritaires supplémentaires ailleurs dans le monde », a averti le Haut-Commissaire, appelant la communauté internationale à soutenir massivement les Syriens et leurs pays d'accueil.

« Mais la situation en Syrie illustre l'insuffisance dangereuse des politiques actuelles de coopération pour le développement dans une période de multiplication des conflits », a-t-il ajouté, soulignant que pour y remédier, les donateurs bilatéraux et multilatéraux et les institutions financières internationales, doivent revoir les critères et les priorités existantes. « Il est absurde, par exemple, que le Liban n'aie pas accès à des subventions de la Banque mondiale, simplement parce qu'il est considéré comme un pays à revenu intermédiaire ».

S'exprimait au nom de la Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires et Coordinatrice des secours d'urgence, Valerie Amos, la Sous-Secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires et Coordinatrice adjointe des secours d'urgence, Kyung-wha Kang, a de son côté dénoncé la violence et la brutalité des combats en Syrie, notamment les bombardements aériens menés par les forces gouvernementales, ainsi que les pilonnages effectués par les groupes d'opposition armés dans de nombreuses régions.

Elle a ainsi déploré les attaques prenant pour cible les populations civiles, entravant leur accès à des services de base comme l'électricité et l'eau, dont sont privées plus de 2 millions de personnes dans les gouvernorats d'Alep et de Dar'a.

La Sous-Secrétaire générale a par ailleurs alerté le Conseil sur le fait que le plan de réponse humanitaire de 2014 n'a été financé qu'à hauteur de 48%, ajoutant que le manque de fonds avait déjà contraint le Programme alimentaire mondial (PAM), notamment, à réduire ses rations alimentaires de 30%.

La Sous-Secrétaire générale a par conséquent appelé en conclusion la communauté internationale à renforcer son financement de l'assistance humanitaire en Syrie.

 

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