Myanmar : l'ONU exhorte le pays à « retrouver le droit chemin »

25 février 2015

Le Myanmar semble s'être engagé sur une mauvaise voie et doit de toute urgence « retrouver le droit chemin » en cette année déterminante pour la transition démocratique et la réconciliation du pays sur le long terme, a déclaré mercredi le chef des droits de l'homme de l'ONU.

« La communauté internationale a perçu la transition au Myanmar comme une histoire pleine de promesses et d'espoir », a commenté le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, dans un communiqué de presse à Genève. « Mais les évolutions récentes relatives aux droits de l'homme des minorités, à la liberté d'expression et au droit de manifester pacifiquement remettent en question le sens donné à cette histoire, jusqu'à faire peser la menace d'un retour en arrière », a-t-il déploré.

« Le Myanmar avait promis de mettre fin à l'ère des prisonniers politiques, mais semble maintenant avoir l'intention de créer une nouvelle génération en emprisonnant ceux qui prétendent jouir des libertés démocratiques qui leur ont été promises », a mis en garde M. Zeid, citant un certain nombre d'affaires récentes dans lesquelles la liberté d'expression et le droit de manifester pacifiquement ont été « entravés par une application régressive de la loi ».

La Haut-Commissaire s'est par ailleurs inquiété des tentatives récentes du gouvernement d'exclure certaines minorités ethniques ne bénéficiant pas de la citoyenneté birmane du droit de vote lors du référendum constitutionnel et des élections prévus cette année, une mesure qui viserait notamment la minorité musulmane apatride des Rohingyas.

« Les Rohingyas, qui sont environ un million, ont vécu au Myanmar depuis des générations, mais ils se voient refuser l'égalité d'accès à la citoyenneté, et beaucoup ont été victimes d'attaques violentes et de pogroms », a déploré M. Zeid, ajoutant qu'au cours de cette année électorale, il sera tentant pour certains politiciens « d'attiser les flammes du préjudice dans l'espoir de gains électoraux ».

Un tel comportement irresponsable aurait des conséquences redoutables pour le pays, s'est inquiété le Haut-Commissaire, qui a également exprimé sa préoccupation face à quatre projets de loi en cours d'adoption par le Parlement du pays, dont certaines dispositions vont à l'encontre des normes internationales des droits de l'homme et risqueraient d'institutionnaliser la discrimination contre les minorités religieuses et ethniques.

Par ailleurs, M. Zeid a mis en garde contre la détérioration de la situation dans a région auto-administrée de Kokang, dans le nord de l'Etat de Shan, suite à l'escalade de la violence entre l'armée du Myanmar et d'autres groupes armés, dont l'Armée de l'alliance démocratique nationale du Myanmar.

« Les rapports suggèrent que des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées par les combats en cours. Le 18 février, l'état d'urgence a été déclaré pour 90 jours dans la zone auto-administré du Kokang, octroyant de vastes pouvoirs exécutifs et judiciaires à l'armée », a ajouté le Haut-Commissaire, redoutant que cette spirale de la violence ne remette en question le processus de paix dans le pays.

Appelant toutes les parties à respecter les droits de l'homme et à protéger la population civile, M. Zeid a insisté sur la nécessité pour l'armée et les groupes armés non étatiques de rendre des comptes pour les violations qui auraient été commises.

« Assurer la responsabilité de l'armée sera un test clé pour la transition », a conclu M. Zeid.

 

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