Nigéria : face aux « atroces tueries », l'ONU appelle à protéger les enfants

16 janvier 2015

Les enfants grandissant dans le nord du Nigéria ont désespérément besoin de protection contre les violences répétées dont ils font l'objet, a déclaré vendredi la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui, au terme d'une visite d'une semaine dans le pays.

Mme Zerrougui s'est rendue cette semaine au Nigéria pour évaluer les conséquences du conflit sur les enfants. A cette occasion, elle a rencontré les autorités fédérales du pays, les autorités de l'Etat d'Adamawa, les agences de l'ONU et des représentants de la société civile, dans le but de galvaniser les efforts de collecte et de vérification d'informations sur les violations graves commises à l'encontre des enfants nigérians.

A Yola, la capitale de l'Etat d'Adamawa, la Représentante spéciale a notamment rencontré des personnes déplacées en provenance de zones touchées par le conflit, y compris des enfants et des femmes.

« J'ai été témoin du choc et de l'incrédulité des personnes face à la dévastation subie par leurs communautés. J'ai vu le traumatisme dans les yeux des enfants. L'ampleur de leur souffrance va au-delà de ce que je m'attendais à trouver. Les personnes que je ai rencontrées demandent et méritent une protection d'urgence », a déclaré Mme Zerrougui.

Dans le nord du Nigéria, où sévissent les combats, plus de 900.000 personnes, dont beaucoup de femmes et d'enfants, ont fui leur domicile, a-t-elle précisé, ajoutant que plus de 300 écoles ont également été gravement endommagées ou détruites et des centaines d'enfants ont été tués, blessés ou enlevés.

« Tout au long de 2014, le conflit armé dans le nord-est du Nigéria a été l'un des plus meurtriers au monde pour les enfants », a déploré la Représentante spéciale, pointant du doigt une recrudescence spectaculaire de la violence, de l'enrôlement et de l'utilisation des enfants, parfois très jeunes, des enlèvements et des attaques contre les écoles. Mme Zerrougui s'est dite également préoccupée par des rapports faisant état de violence sexuelle contre les filles, y compris des mariages forcés et des viols.

« Le début d'année 2015 a apporté son lot de violence implacable avec l'attentat suicide épouvantable commis par une jeune fille qui serait âgée de dix ans à peine, tuant plusieurs personnes sur un marché à Maiduguri, mais également avec ce que certaines organisations considèrent comme l'attaque la plus meurtrière de Boko Haram à Baga », a ajouté la Représentante spéciale.

Parallèlement, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a fait part, vendredi, de sa préoccupation concernant le retour de centaines de réfugiés au Nigéria depuis le Niger cette semaine, alors que le nombre de personnes fuyant les attaques des militants au nord du Nigéria a continué de croître en parallèle.

Lors d'une conférence de presse à Genève, un porte-parole du HCR, William Spindler, a exhorté les autorités des deux pays à faire cesser ces rapatriements.

« Etant donnée la situation sécuritaire instable dans l'Etat de Borno et les récentes attaques menées par les insurgés, le HCR est préoccupé par la nature de ces rapatriements et a demandé aux autorités de cesser cette opération jusqu'à ce qu'il y ait des mesures de protection appropriées et un cadre juridique entre le Nigéria, le Niger et le HCR », a expliqué William Spindler.

Les réfugiés fuyant les combats entre les militants et les forces gouvernementales au nord-est du Nigéria continuent d'arriver au Niger et au Tchad où « ils font des récits déchirants d'atroces tueries et de destruction », a-t-il ajouté.

« Une femme, qui a fui Baga avec ses cinq enfants et son mari, a expliqué avoir vu les insurgés écraser des femmes et des enfants avec leurs voitures, tirer sur des gens et utiliser des couteaux pour égorger des victimes en pleine rue. Elle estime que des centaines de personnes ont été tuées à Baga », a déclaré William Spindler.

Quelque 13.000 réfugiés nigérians sont arrivés dans l'ouest du Tchad depuis les attaques commises contre Baga dans la période allant du 3 au 7 janvier.

 

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