Niger : l'experte de l'ONU salue les mesures prises pour éradiquer l'esclavage

21 novembre 2014

Le gouvernement du Niger a pris des mesures significatives pour éradiquer l'esclavage et les pratiques analogues à l'esclavage, mais de nombreux défis restent à relever, a dit vendredi la Rapporteuse spéciale des Nations Unies, Urmila Bhoola, au terme de sa première mission dans ce pays.

Le Niger a criminalisé l'esclavage en 2003, donnant effet au droit constitutionnel de ne pas être soumis à l'esclavage. En 2010, il a également adopté une loi pour prévenir et lutter contre la traite d'êtres humains, y compris la traite à des fins d'esclavage et des pratiques esclavagistes, ce qui a amené à la création en 2012 de la Commission nationale de coordination de lutte contre la traite des personnes et de l'Agence nationale de lutte contre la traite des personnes. En juillet 2014 un Plan d'action national de lutte contre la traite des personnes a été adopté. Le Niger a également modifié le Code du travail pour interdire le travail forcé et les pires formes du travail des enfants.

« La criminalisation de l'esclavage et l'adoption d'une législation pour pénaliser les formes contemporaines d'esclavage indiquent l'engagement du gouvernement de respecter ses obligations internationales à l'égard des droits de l'homme », a souligné Mme Bhoola. Cependant, le nombre limité de poursuites indiquent qu'une application plus ferme de la loi est nécessaire et que des contraintes en matière de ressources et de capacités subsistent.

« Des associations dont le mandat est de lutter contre l'esclavage peuvent engager des poursuites en vertu du code pénal », a noté Mme Bhoola. En 2014, un homme a été condamné du crime d'esclavage pour la pratique de la wahaya. La wahaya est également connue sous le nom de “la cinquième épouse” parce que cette pratique implique l'achat d'une femme ou d'une fille comme esclave sous prétexte de « mariage ».

Une autre pratique analogue à l'esclavage qui n'a pas encore aboutie à une condamnation est la pratique de mendicité forcée des talibés par les maîtres coraniques. Les talibés sont les garçons envoyés aux maîtres coraniques – les marabouts – pour recevoir une éducation religieuse, mais ils sont exploités par certains marabouts pour gagner un revenu pour eux.

La Rapporteuse Spéciale a également exprimé sa préoccupation face à l'augmentation des mariages précoces, pouvant conduire à l'esclavage des enfants, ainsi que la prévalence des pires formes de travail des enfants et de la servitude domestique.

La Rapporteuse spéciale a déclaré que l'éradication de la pauvreté est une priorité parce qu'elle est un facteur clé qui entraîne des formes contemporaines d'esclavage.

Elle a également noté le manque de données sur la persistance au Niger de l'esclavage et des pratiques analogues à l'esclavage et elle a recommandé la réalisation d'une étude sur sa prévalence afin de pouvoir élaborer des programmes ciblés sur l'éradication des pratiques spécifiques.

L'experte a souligné que l'éducation et l'autonomisation socio-économique des descendants des esclaves devront être une priorité pour le gouvernement. « Je suis au courant d'un projet de mise en place d'un fonds spécial d'indemnisation des victimes de la traite, mais j'encourage le gouvernement à considérer un appui semblable en faveur de toutes les victimes d'esclavage et de pratiques analogues à l'esclavage afin d'assurer leur indépendance économique et leur réinsertion sociale », a-t-elle dit.

 

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