Le chef de l'ONUDC évalue les efforts déployés dans un quartier de New York pour lutter contre les drogues

Le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies pour la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, écoute le Directeur de l’association locale UNIDOS Coalition, Angelo Ortiz.
Le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies pour la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, écoute le Directeur de l’association locale UNIDOS Coalition, Angelo Ortiz.

Le chef de l'ONUDC évalue les efforts déployés dans un quartier de New York pour lutter contre les drogues

La pointe nord de l’île de Manhattan n’est pas forcément le lieu où l’on s’attendrait à trouver le Chef de l’Office des Nations Unies pour la drogue et le crime (ONUDC), l’agence onusienne chargée de la lutte contre le trafic de stupéfiants, la criminalité et le terrorisme, basé à Vienne, en Autriche.

Venu à New York présenter l’édition 2012 du Rapport mondial sur les drogues, Yury Fedotov, le Directeur exécutif de l’ONUDC, en a profité pour se rendre la semaine dernière à Post Avenue, dans le quartier d’Inwood, où il s’est entretenu avec les riverains, désireux d’en savoir davantage sur les efforts déployés au niveau local pour mettre fin au trafic et à la consommation de drogues.

Cette visite a été rendue possible par l’ONG Community Anti-Drug Coalitions of America (CADCA) et l’association locale UNIDOS Coalition, qui s’occupe notamment des problèmes d’addiction des jeunes à Inwood.

« J’ai vécu à New York dans les années 90 et le contraste très net entre la situation aujourd’hui et celle qui prévalait à l’époque est à mettre au compte du rôle de la société civile, les ONG ayant contribué à changer la dynamique des quartiers en pratiquant ce que l’on appelle le traitement préventif, que l’ONUDC appuie vigoureusement », a expliqué M. Fedotov au Centre d’actualités de l’ONU.

M. Fedotov parle de sa visite dans le quartier d'Inwood.

« Le but de ma présence aujourd’hui est avant tout de témoigner notre soutien à des organisations telles que CADCA et d’autres, qui sont nos partenaires à bien des égards », a-t-il poursuivi tout en arpentant les rues d’Inwood.

« Nous travaillons en étroite coopération avec l’association CADCA et c’est la première fois que je leur rends visite et constate en personne leur travail de terrain très impressionnant », a précisé le Directeur exécutif. D’une manière plus générale, a—il dit, « l’ONUDC travaille avec des centaines d’ONG à travers le monde et le partage des pratiques optimales et des expériences ne fait qu’améliorer la qualité des services rendus. »

M. Fedotov était accompagné ce jour-là d’Angelo Ortiz, du Programme de la Coalition UNIDOS-Inwood, qui a détaillé la stratégie privilégiée pour relever les défis se posant dans le quartier.

« Nous avons choisi une approche communautaire parce que nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de violences, de grossesses accidentelles et d’abus de drogues chez les adolescents. Nous avons donc commencé de parler avec les gens et de nouer des relations pour les impliquer dans la résolution du problème ».

« Le seul moyen de changer les choses est de donner aux communautés concernées les moyens de s’approprier le changement. C’est un aspect déterminant du travail accompli jusqu’à présent, qui peut être réutilisé ailleurs dans le monde », a assuré M. Ortiz.

La Coalition UNIDOS apporte un soutien à près d’un millier de jeunes d’Inwood grâce à une série d’activités qui leur sont destinées ainsi qu’à leurs familles, tout en lançant des interventions visant à éradiquer les conditions propices à l’abus de drogues et au trafic de stupéfiants.

Hazel Pina et Jannia Mercedes, membres du Conseil des jeunes de Washington Heights et d’Inwood, parlent du problème des stupéfiants dans leur quartier.

Jusqu’à présent, la coalition a développé et mis en œuvre une vingtaine d’interventions différentes pour les enfants, les adolescents et leurs familles.

Plusieurs membres du Conseil des jeunes de Washington Heights et d’Inwood étaient venus à la rencontre du Directeur exécutif de l’ONUDC lors de sa visite, dont deux jeunes femmes, Hazel Pina and Jannia Mercedes, qui ont évoqué leurs problèmes passés avec les drogues et la manière dont ces expériences les ont incité à venir en aide à d’autres jeunes et à les sensibiliser aux effets néfastes de l’alcool, de la drogue et des grossesses accidentelles.

« Mon père était un toxicomane et mes parents essayaient de me le cacher, mais je n’étais pas stupide, je savais bien ce qui se passait », raconte Hazel Pina. « Mon frère a commencé de toucher au trafic de drogue dans cette même rue. Il y avait toujours des gangs après lui et il était souvent en prison. L’un des principaux réseaux de dealers du quartier recrute aujourd’hui des jeunes pour étendre son emprise. Il faut faire quelque chose pour y mettre fin parce qu’ils ne cessent de gangréner la communauté », a-t-elle plaidé.

« Ici, les gens abusent de la marijuana et de la cocaïne et c’est considéré comme normal. Les gens pensent que c’est OK de faire ça. Ils ne se cachent pas, ils se droguent dans les rues, les parcs, au milieu des enfants », a témoigné de son côté Jannia Mercedes.

Dans ce contexte, M. Fedotov a jugé bon de rappeler l’importance de prendre systématiquement les problématiques de santé en considération dans l’élaboration des politiques de lutte contre les stupéfiants.

« Toutes les conventions des Nations Unies sur le contrôle des stupéfiants sont axées sur le paradigme de la santé. Il est très important de parvenir à un équilibre entre nos efforts à l’appui de l’application des lois et la nécessité de prévenir et traiter les toxicomanes pour les aider à s’en sortir », a-t-il expliqué.

Selon le Rapport mondial sur les drogues, environ 230 millions de personnes âgées de 15 à 64 ans – soit 5% de la population mondiale –, auraient consommé des drogues illicites une fois au moins dans leur vie. Les toxicomanes, principalement des consommateurs d’héroïne et de cocaïne, représentent environ 6% de la population adulte mondiale, soit une personne sur 200.