De retour de mission au Kirghizstan, Navi Pillay fait état d'un système judiciaire lacunaire

La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, rencontre le Président du Kirghizstan, Almazbek Atambaïev.
service de presse de la Présidence du Kirghizstan.
La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, rencontre le Président du Kirghizstan, Almazbek Atambaïev.

De retour de mission au Kirghizstan, Navi Pillay fait état d'un système judiciaire lacunaire

De retour d'une mission au Kirghizstan, la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a estimé mardi qu'en dépit des progrès réalisés par ce pays dans l'amélioration de son dispositif de protection des droits de l'homme, « il reste encore beaucoup à faire pour le consolider et lui permettre de faire une différence dans la vie de tous ses citoyens ».

Mme Pillay a salué les nombreuses réalisations accomplies depuis l'accession à son indépendance par le Kirghizstan, notamment dans l'émergence d'une société civile « vibrante et courageuse » et d'un réseau de militants des droits de l'homme, qui se sont montrés déterminants dans la défense des droits de l'homme à l'échelle nationale.

« Il n'en reste pas moins », a-t-elle fait observer, « qu'un certain nombre d'entre eux continuent d'être visés par des menaces et des tentatives d'intimidation ou d'être victimes de violences ».

En dépit du travail accompli par l'ombudsman du Kirghizstan, cette institution a besoin de renforcer son indépendance et son efficacité, en particulier pour protéger les groupes les plus vulnérables –femmes, enfants et minorités religieuses et ethniques.

« Les faiblesses institutionnelles du pays continuent d'avoir un impact sur le fonctionnement de l'appareil judiciaire et le respect de l'état de droit. Les autorités doivent assumer les responsabilités qui leur incombent et garantir la reddition de comptes pour les crimes et violations, y compris pour ceux commis par l'État », a préconisé Mme Pillay.

Le problème majeur qui se pose, non seulement au Kirghizstan, mais aussi au niveau régional, est celui de la corruption et de l'impunité. « Les policiers qui peuvent en toute impunité infliger de mauvais traitements, les procureurs et les juges qui ferment les yeux sur des preuves d'extorsion d'aveux ou laissent la porte ouverte à l'intimidation de témoins ou d'avocats de la défense, compromettent l'intégrité même de l'État », a dénoncé la Haut Commissaire.

« Prenez par exemple la torture, formellement interdite en vertu du droit international. Cette interdiction est reflétée par la nouvelle constitution et le code pénal kirghizes. Et pourtant, des allégations d'actes de torture perpétrées par les autorités existent, notamment 68 cas entre août 2010 et février 2012 dans le contexte des enquêtes menées sur les violences intercommunautaires commises dans la région d'Osh : « Nous avons des raisons de croire que ce chiffre est bien en-deçà de la réalité. »

Tout en saluant les premières mesures législatives prises par le gouvernement kirghize pour mettre fin à la culture d'impunité, la Haut Commissaire a suggéré au Président du pays, Almazbek Atambaïev, de prendre dès à présent la tête des efforts déployés pour éradiquer la torture et instaurer une politique de tolérance zéro.

D'une manière plus générale, Mme Pillay a encouragé le Président à charger une équipe interministérielle de développer un plan d'action global en faveur des droits de l'homme en s'appuyant sur les recommandations émises par les différents mécanismes des Nations Unies et l'expertise du Haut Commissariat.

« Une telle décision permettrait au gouvernement d'établir un cadre au sein duquel le Kirghizstan d'accomplir de progrès significatifs d'ici à 2015, date à laquelle la situation des droits de l'homme dans le pays sera examinée par le Conseil des droits de l'homme à Genève », a ajouté Navi Pillay.