Conseil des droits de l'homme : intensification alarmante des violences contre les femmes

25 juin 2012

« Culturellement et socialement enracinés, les meurtres de femmes continuent d'être acceptés, voire tolérés ou justifiés », a déploré lundi devant le Conseil des droits de l'homme la Rapporteuse spéciale sur la violence à l'égard des femmes, ses causes et ses conséquences.

Mme Rashida Manjoo était venue présenter son rapport annuel sur les meurtres de femmes ou féminicides et rendre compte de ses missions en Jordanie, en Italie et en Somalie. Principalement axé cette année sur les féminicides perpétrés dans la sphère privée ou communautaire ou par les autorités étatiques, son rapport établit que la prévalence de tels actes est globalement à la hausse.

« Ces actes ne sont pas une nouvelle forme de violence et ne constituent pas des actes isolés, mais interviennent dans un cadre global, a expliqué Mme Manjoo, ajoutant que son rapport fournit une vue d'ensemble de cette tendance et de ses manifestations : meurtres violents commis par les partenaires, crimes d'honneur, meurtres liés à des accusations de sorcellerie ou encore dans le contexte de conflit armés ou de criminalité organisée.

« La responsabilité des États d'agir avec diligence pour la protection des droits des femmes est largement défaillante au regard de ces crimes », a-t- elle dénoncé.

Son rapport souligne donc la nécessité d'une approche globale et préventive dans le cadre de la lutte contre ce phénomène. Il recommande également une réévaluation par les États de leurs législations, programmes et politiques en vigueur. Le texte rappelle enfin comment les cadres internationaux et sous-régionaux ont interprété l'obligation de diligence auxquels les États ont souscrit.

S'agissant de ses déplacements, la Rapporteuse spéciale a relevé qu'en Jordanie, les femmes jouissent en droit de l'égalité avec les hommes et qu'un système de quotas y a été mis en place pour permettre à de nombreuses femmes d'intégrer le gouvernement.

En revanche, si Mme Manjoo a félicité la Jordanie pour sa loi contre les violences domestiques, elle reste préoccupée par son interprétation, notamment en ce qui concerne la priorité qui doit être accordée à la réconciliation familiale et à l'intégration de la femme, au détriment de la volonté et de la liberté individuelles.

Malgré de nombreux efforts, des lois discriminatoires sont encore en vigueur en Jordanie, notamment en matière de nationalité, de sécurité sociale ou de pensions. L'un des défis que doit relever le pays concerne les stéréotypes sociaux, a poursuivi la Rapporteuse spéciale, qui a également appelé à l'adoption de mesures autres que législatives et programmatiques.

En Somalie, les autorités de transition ont annoncé un projet de loi contre la violence à l'égard des femmes. Elles ont également mis en place une équipe spéciale sur les violences fondées sur le sexe et ont nommé une femme au gouvernement, a relevé la Rapporteuse spéciale.

Mais l'absence de cadre redditionnel et de services spécialisés a rendu « inaudibles et invisibles » les cas de violences sexuelles à l'encontre de femmes déplacées internes dans un pays où la violence domestique continue par ailleurs de constituer un fléau.

En Italie, la Rapporteuse spéciale a souligné que la violence à l'égard des femmes demeure un problème, en dépit des mesures législatives adoptées pour y remédier. La plupart de ces crimes ont lieu dans un contexte de domination patriarcale où la violence domestique n'est pas considérée comme un crime et où les victimes sont largement dépendantes sur le plan économique de leurs bourreaux, comme c'est par exemple le cas au sein de la communauté sinti.

« De même, les femmes migrantes, en raison de leur vulnérabilité, sont victimes de violences et de discriminations, en dépit des législations en leur faveur », a souligné Mme Manjoo.

 

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