Un tribunal de l'ONU juge Charles Taylor coupable de crimes de guerre

26 avril 2012

Le Secrétaire général Ban Ki-moon et la chef des droits de l'homme des Nations Unies, Navi Pillay, ont salué le verdict du Tribunal spécial pour la Sierra Leone qui a jugé coupable l'ex-Président libérien Charles Taylor.

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et la chef des droits de l'homme des Nations Unies, Navi Pillay, ont salué jeudi le verdict rendu par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone qui a jugé coupable l'ex-Président libérien Charles Taylor de crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis en Sierra Leone entre 1996 et 2002.

« Il s’agit d’un jour historique et capital pour la population de la Sierra Leone, pour la région et au-delà. Les pensées du Secrétaire général vont aujourd’hui aux victimes des crimes pour lesquels Charles Taylor a été jugé coupable. Le jugement est une étape importante pour la justice pénale internationale », a dit le porte-parole de Ban Ki-moon dans une déclaration à la presse. « Cela envoie un signal fort adressé à tous les dirigeants leur disant qu’ils sont et seront tenus pour responsables de leurs actes. »

« Il est important de souligner que M. Taylor peut faire appel du verdict et que sa culpabilité n'est pas complètement établie jusqu'à la fin du processus judiciaire », a dit Mme Pillay, la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, dans une déclaration à la presse. « Néanmoins, quelque soit le résultat final, il s'agit à n'en pas douter d'un moment historique dans le développement d'une justice internationale. »

« Un ancien Président, qui a exercé par le passé une énorme influence dans un pays voisin où des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, mutilées, violées, volées et déplacées à plusieurs reprises pendant des années, a été arrêté, jugé dans le cadre d'une procédure internationale juste et complète, et est désormais jugé coupable de crimes très graves », a-t-elle ajouté.

Plus tôt jeudi, le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a prononcé un verdict de culpabilité contre M. Taylor pour avoir planifié, aidé et encouragé des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité (pillage, esclavage à travers des mariages forcés, punition collective, recrutement et utilisation d'enfants soldats).

M. Taylor n'était pas poursuivi pour avoir commis lui-même ces crimes mais il était accusé d'avoir soutenu deux groupes rebelles, l'Armée du Conseil des forces révolutionnaires et le Front uni révolutionnaire, en leur fournissant des armes et des munitions, du personnel militaire et un soutien opérationnel et moral lors de la longue guerre civile en Sierra Leone. Il avait plaidé non coupable.

Le tribunal doit décider de la peine à infliger à M. Taylor lors d'une séance prévue le 30 mai 2012. D'ici là, une audience est prévue le 16 mai, a précisé le Tribunal spécial pour la Sierra Leone dans un communiqué de presse. Ensuite, l'accusation et la défense auront 14 jours pour faire appel du jugement et de la condamnation.

Selon Mme Pillay, il s'agit d'un « avertissement adressé à d'autres chefs d'Etat qui ont commis des crimes similaires, ou envisagent de le faire ». « C'est la première fois depuis Nuremberg qu'un tribunal international prononce un jugement dans le procès d'un ancien chef d'Etat. »

La Haut commissaire aux droits de l'homme a noté que d'autres dirigeants, tels que l'Ivoirien Laurent Gbagbo et le Serbe Radovan Karadzic, ont aussi été inculpés pour des crimes internationaux et sont soit en cours de procès ou le seront bientôt. De même, le Président soudanais Omar Al-Bachir a été inculpé, alors que le Serbe Slobodan Milosevic et le Libyen Mouammar Qadhafi étaient poursuivis par la justice internationale au moment de leur décès.

Selon Navi Pillay, le fait que la justice soit rendue est d'une énorme importance pour les victimes, dans le cadre du processus national de guérison. Elle a aussi estimé que des réparations étaient nécessaires pour que les gens puissent tourner la page.

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a été créé en 2002 par le gouvernement sierra-léonais et l'ONU. Son siège est à Freetown, la capitale de la Sierra Leone, mais le procès de M. Taylor a eu lieu à La Haye, aux Pays-Bas, pour des raisons de sécurité.

Selon le Secrétaire général de l'ONU, le Tribunal spécial pour la Sierra Leone est un "excellent modèle de coopération avec les Nations Unies pour traduire en justice ceux qui sont responsables de graves crimes internationaux."

Le verdict a également été salué par le Directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Anthony Lake, la Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence sexuelle dans les conflits, Margot Wallström, et la Représentante spéciale du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, Radhika Coomaraswamy.

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