L'ONU appelle les Etats à s'attaquer à la violence liée à l'orientation sexuelle

7 mars 2012

Le Secrétaire général Ban Ki-moon a exhorté les États à lutter contre la violence et la discrimination fondées sur l'orientation sexuelle, estimant qu'on ne pouvait pas continuer à ignorer ces violations des droits.

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exhorté mercredi les États membres à lutter contre la violence et la discrimination fondées sur l'orientation sexuelle et a estimé que les pays ne pouvaient pas continuer à ignorer ces violations graves des droits de l'homme.

« Nous constatons une tendance à la violence et aux discriminations contre les personnes simplement parce qu'il s'agit de gays, de lesbiennes, de bisexuels ou de transgenres, » a déclaré Ban Ki-moon dans un message vidéo lors de la première session du Conseil aux droits de l'homme des Nations Unies consacrée à ce sujet.

« C'est une énorme tragédie pour les personnes affectées et une tâche sur notre conscience collective. C'est aussi une violation du droit international », a-t-il dit.

M. Ban s'exprime contre la violence fondée sur l'orientation sexuelle depuis des années. En 2010, il a salué la décision « courageuse » du Président du Malawi, Bingu wa Mutharika, de gracier un couple homosexuel qui avait été condamné à 14 ans de prison et a appelé le gouvernement à dépénaliser les relations homosexuelles. Plus récemment, au cours d'une visite en Zambie, il a souligné la nécessité de garantir les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres.

Le Secrétaire général a rappelé aux 47 membres du Conseil des droits de l'homme qu'un changement historique était en cours alors que davantage de pays prennent conscience de la gravité de ce type de violence et de discrimination.

« Aux lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres, permettez-moi de dire : vous n'êtes pas seuls. Votre lutte pour mettre fin à la violence et la discrimination est un combat partagé. Toute attaque contre vous est une attaque contre les valeurs universelles de l'Organisation des Nations Unies que j'ai jurées de défendre et de respecter. Aujourd'hui, je suis avec vous et je demande à tous les pays et à tous les individus d'être aussi avec vous », a-t-il dit.

Au moins 76 pays ont encore des lois qui criminalisent les relations homosexuelles, ou qui contiennent des interdictions vagues appliquées de manière discriminatoire pour poursuivre les lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres.

La Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a déclaré de son côté que ces lois étaient non seulement une violation du droit international des droits humains, mais causaient aussi des souffrances inutiles, renforçaient la stigmatisation, alimentaient la violence et sapaient les efforts visant à lutter contre la propagation du VIH/sida.

« Je sais que certains résistent à ce que nous disons. Il se peut qu'ils disent que l'homosexualité et l'expression d'une identité transgenre sont en conflit avec les valeurs traditionnelles et les cultures locales, ou avec les enseignements religieux, ou que cela va à l'encontre de ce que pense l'opinion publique », a dit Mme Pillay lors de la séance historique du Conseil des droits de l'homme.

Les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres font encore face à une opposition au sein de l'ONU. S'exprimant au nom de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), le représentant du Pakistan a dit à la réunion qu'il s'était constamment et fermement opposé à la notion controversée de l'orientation sexuelle, qui est, selon lui, vague et trompeuse, n'a pas de définition qui fait consensus et n'a pas de fondement juridique en droit international.

Mme Pillay a estimé que « la balance entre la tradition et la culture, d'une part, et les droits de l'homme universels, de l'autre, doit pencher en faveur des droits ». « Aucune opinion personnelle, aucune croyance religieuse, aussi profonde ou largement répandue soit elle, ne pourra jamais justifier de priver un autre être humain de ses droits fondamentaux. »

La Haut commissaire a également présenté la première étude des Nations Unies documentant les violations des droits dont sont victimes les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres à travers le monde, et a formulé des recommandations aux Etats membres.

Le rapport révèle que la violence contre les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres a lieu dans toutes les régions du monde, souvent avec le consentement des gouvernements. Les incidents signalés comprennent des assassinats ciblés, des agressions violentes et des actes de torture et de violence sexuelle.

Il montre également que les pratiques discriminatoires affectent la capacité des individus à jouir de leurs droits au quotidien sur leur lieu de travail et à l'école, où ils courent le risque d'être victimes d'intimidation, ce qui conduit les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres à l'isolement, à la dépression et, dans certains cas, au suicide.

Le rapport appelle les États à améliorer les enquêtes et les poursuites contre la violence homophobe et transphobe afin de traduire les auteurs devant la justice, et à « changer les lois discriminatoires qui traitent les personnes comme des criminels sur la base de leur orientation sexuelle ou identité de genre. »

En outre, il les exhorte à reconnaître que cette violence est le résultat de préjugés, qui doivent être combattus par des campagnes d'éducation et d'information s'attaquant à l'homophobie et aux stéréotypes négatifs.

« Aujourd'hui, nous avons tous l'occasion de commencer ensemble un nouveau chapitre pour mettre fin à la violence et à la discrimination contre toutes les personnes, indépendamment de leur orientation sexuelle et identité de genre », a déclaré Mme Pillay. « C'est un moment historique pour le Conseil et pour l'Organisation des Nations Unies. »

 

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