Syrie : Pillay exhorte la communauté internationale à protéger la population

2 décembre 2011

La Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a appelé à protéger la population syrienne contre la répression impitoyable du gouvernement, qui risque de d'entraîner le pays vers une guerre civile.

La Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a appelé vendredi à une action immédiate de la communauté internationale pour protéger la population syrienne contre « la répression impitoyable du gouvernement », qui risque de d'entraîner le pays vers une guerre civile, si cette violence n'est pas arrêtée maintenant.

« Depuis mars de cette année, plus de 4.000 personnes auraient été tuées selon les informations disponibles. Des dizaines de milliers ont été arrêtées. Plus de 14.000 seraient détenues dans le cadre de cette répression. Au moins 12.400 personnes se sont réfugiés dans les pays voisins et des dizaines de milliers ont été déplacées à l'intérieur du pays, » a souligné Mme Pillay lors d’une séance spéciale du Conseil des droits de l’homme consacrée à la situation en Syrie.

Des informations sur la multiplication des attaques armées par des forces d'opposition, dont « l'armée syrienne libre», contre les forces armées syriennes et l'appareil sécuritaire est également une source d'inquiétude, selon le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH).

La Commission d'enquête internationale indépendante créée par le Conseil des droits de l'homme en août 2011, a présenté son rapport lundi. Le rapport affirme que les autorités syriennes ont commis des crimes contre l'humanité contre la population civile, dont des meurtres, des actes de torture, des viols et d'autres formes de violence sexuelle, des emprisonnements, et autres formes de privation de la liberté et des disparitions forcées.

« Le rapport fait état d'au moins 256 enfants tués, depuis ce chiffre aurait atteint 307, et il y a des exemples où des écoles auraient été utilisées comme centres de détention, ce qui montre le mépris du gouvernement pour les droits à l'éducation et à la sécurité des enfants. La Commission a rassemblé des preuves de violence sexuelle contre des civils, et en particulier la torture sexuelle contre des détenus masculins et des enfants et des agressions sexuelles contre des femmes dans les centres de détention », a indiqué Mme Pillay.

Le rapport de la commission d'enquête indique que l'ampleur des attaques systématiques par des militaires et des forces de sécurité contre des civils et la destruction très répandue de propriétés montre que ces actions ont été approuvées ou au moins étaient connues au préalable par le gouvernement syrien.

« Je rappelle qu'en août, la mission d'établissement des faits du HCDH mandatée par le Conseil des droits de l'homme pour s'assurer que les responsables d'abus rendent des comptes avait conclu que des crimes contre l'humanité pourraient avoir été commis en Syrie. A l'époque j'avais encouragé le Conseil de sécurité à référer la situation en Syrie à la Cour pénale internationale. Le rapport de la commission d'enquête confirme et renforce l'idée qu'il est plus nécessaire que jamais que les auteurs d'abus rendent des comptes », a souligné la Haut commissaire.

La Mission d'établissement des faits du HCDH est distincte de la Commission d'enquête internationale. Cette dernière a été créée par le Conseil des droits de l'homme fin août après le rapport de la Mission d'établissement des faits.

Lors de la session spéciale à Genève vendredi, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a discuté le rapport de la Commission d’enquête. A l’issue de cette session, une résolution a été adoptée par le Conseil qui condamne vivement les abus commis par les autorités syriennes et exhorte le gouvernement syrien à respecter son obligation de protéger la population du pays.

La résolution, qui donne un mandat à un Rapporteur spécial d’enquêter sur la situation des droits de l’homme en Syrie, a été voté avec 37 voix pour sur 47, quatre pays ont voté contre (la Chine, Cuba, l’Equateur et la Russie) et six pays se sont abstenus.

L'Experte indépendante des Nations Unies dans le domaine des droits culturels, Farida Shaheed, a lu une déclaration pour le compte de tous les experts des Nations Unies en matière de droits de l’homme, dans lequel ils ont fait part de leur consternation du fait que le nombre de tués en Syrie ait doublé en trois mois, passant de 2.000 à 4.000.

Les experts jugent également « alarmant » le nombre d’exécutions extrajudiciaires et s’inquiètent des dizaines de milliers de personnes qui auraient été arrêtées et détenues de façon arbitraire dans des centres surpeuplés où de nombreuses personnes auraient subi des mauvais traitements et la torture.

Le Représentant syrien au Conseil des droits de l’homme, Faysal Khabbaz Haboui, a dénoncé le rapport de la Commission d’enquête qui selon lui n’est pas objectif. Selon lui, la résolution du Conseil risque de prolonger la crise et adresser un message erroné à ceux qui soutiennent la violence et le terrorisme, au lieu de poursuivre un dialogue constructif et positif.

De son côté, le Directeur du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Anthony Lake, a exprimé son inquiétude sur les informations faisant état de graves violations des droits des enfants en Syrie.

« Un tel mépris de la vie des enfants ne peut pas être ignoré. L’UNICEF exhorte le gouvernement syrien à respecter ses engagements à défendre les droits des enfants, et en particulier à les protéger contre les arrestations arbitraires, la détention, la torture ou la violence sexuelle », a souligné M. Lake dans un communiqué de presse publié à New York.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.

Suivre l'actualité : précédents articles sur le sujet

Syrie : des crimes contre l'humanité commis par les forces de l'ordre - ONU

La Commission d'enquête des Nations Unies sur la Syrie estime dans un rapport que des crimes contre l'humanité ont été commis par les forces de l'ordre syriennes depuis le début des manifestations en mars 2011.