Une experte de l'ONU appelle le Sénégal à investir dans l'assainissement

21 novembre 2011
Catarina de Albuquerque

La Rapporteuse spéciale des Nations unies pour le droit à l'eau et à l'assainissement, Catarina de Albuquerque, a relevé que le gouvernement du Sénégal n'a pas encore investi de façon adéquate dans le secteur de l'assainissement.

« Le gouvernement du Sénégal a affirmé à plusieurs reprises que l'assainissement est une priorité. Cependant, cela n'a pas été traduit en termes d'allocations budgétaires suffisantes », a dit l'experte indépendante à la fin de sa mission de huit jours au Sénégal. « Sans une enveloppe budgétaire suffisante et constante consacrée à ce secteur, un pourcentage significatif des Sénégalais restera condamné à des conditions malsaines de vie, les privant ainsi de la jouissance de plusieurs droits fondamentaux. »

Selon elle, dans un contexte de raréfaction des ressources, les investissements publics dans les secteurs de l'eau et de l'assainissement doivent cibler en priorité les plus démunis. « Lors de ma visite dans les communautés pauvres de Dakar, j'ai remarqué que le coût payé par les usagers de bornes fontaines vivant dans ces zones était presque quatre fois plus élevé que le prix payé par des ménages plus riches. Cette situation est inacceptable. » La même chose peut arriver dans les communautés rurales, où les tarifs sociaux pour l'eau n'existent pas.

Pour la Rapporteuse spéciale, reconnaître l'eau et l'assainissement comme des droits de l'homme implique que les politiques publiques dans ces secteurs assurent qu'« en aucun cas, ceux qui vivent dans la pauvreté ne soient exclus de la jouissance de ces droits fondamentaux parce qu'ils ne peuvent pas payer ou parce qu'ils ne peuvent pas présenter les documents nécessaires pour bénéficier de ces services essentiels. »

Toutefois, selon Mme de Albuquerque, « des meilleures conditions d'assainissement ne seront pas atteintes simplement par la construction de latrines et de fosses septiques. » De son point de vue, de véritables changements dans les conditions d'hygiène ne sont possibles que si la population est pleinement sensibilisée au sujet des pratiques d'hygiène améliorées.

« Les services spécialisés de l'administration publique, travaillant côte à côte avec les populations locales, jouent déjà un rôle important en vue de l'abandon, entre autres, des pratiques malsaines de défécation en plein air », a-t-elle dit. « Ces initiatives, y compris l'Assainissement total piloté par la communauté (ATPC), doivent être reproduites dans tout le pays dans le cadre d'une stratégie nationale pour le secteur de l'assainissement. »

La Rapporteuse a souligné l'importance d'un débat inclusif avec la participation de la société civile dans les discussions concernant la révision du Code de l'eau et du contrat pour la fourniture d'eau en milieu urbain au Sénégal. « La transparence totale est nécessaire, et la population doit être en mesure de participer à ces discussions en cours », a-t-elle estimé, en recommandant la création d'une agence indépendante de régulation pour surveiller le travail des entreprises privées et/ou publiques impliquées dans la fourniture d'eau et d'assainissement dans le pays. « C'est une étape cruciale pour assurer que ces services essentiels deviennent sûrs, abordables, durables et accessibles à tous. »

Tout en reconnaissant l'expansion du réseau d'eau dans les dernières années, et la hausse significative des taux de couverture qui ont atteint 87,2% en 2010, l'experte a souligné que l'accroissement de « l'accès a peu d'impact si l'eau offerte n'est pas de bonne qualité pour la consommation.» Elle a en outre noté que la qualité de l'eau doit être régulièrement évaluée et a appelé à des investissements plus importants pour assurer que les sources d'eau contaminées par la pollution, le fluor et le sel, deviennent potables.

Durant son séjour au Sénégal, du 14 au 21 novembre, Mme de Albuquerque a rencontré des représentants du gouvernement, des ministères, les partenaires techniques et financiers, les agences du système des Nations Unies et des représentants du secteur privé et de la société civile. Elle a également visité des communautés à Dakar, Guedyawaye, Rufisque et Kaolack. La Rapporteuse spéciale présentera son rapport de mission au Conseil de droits de l'homme en 2012.

 

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