Expert : les règles commerciales doivent prendre en compte le droit à l'alimentation

Le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Olivier De Schutter.
ONU/Jean-Marc Ferré
Le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Olivier De Schutter.

Expert : les règles commerciales doivent prendre en compte le droit à l'alimentation

Le Rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, Olivier De Schutter, a lancé un appel mercredi pour faire de la sécurité alimentaire et du droit à une alimentation adéquate des sujets prioritaires lors du sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre.

« Le monde se trouve en pleine crise alimentaire qui demande une adaptation politique rapide. Mais l'OMC ne s'est pas adaptée à cette situation, et les pays en voie de développement ont raison de s'inquiéter d'être liés par des règles commerciales », a averti M. de Schutter lors d'une conférence de presse à Genève.

« La sécurité alimentaire est le grand absent dans les discussions de l'OMC. Le commerce n'a pas nourri ceux qui ont faim lorsque les denrées alimentaires étaient abondantes et peu coûteuses, et le commerce le fera encore moins maintenant que les prix ont flambé », a rappelé l'expert indépendant de l'ONU en rappelant que pour les pays le moins développés, la facture des importations alimentaires a augmenté d'un tiers en un an.

L'avenir du cycle de négociations commerciales connu sous le nom de Programme de Doha pour le développement sera au programme de la conférence ministérielle à Genève du 15 au 17 décembre. « Nous devrons saisir l'occasion de réfléchir au type de règles commerciales qui nous permettrons de combattre l'insécurité alimentaire et d'arriver à respecter le droit humain à l'alimentation », a souligné M. de Schutter.

Certaines mesures sont bénéfiques à la réhabilitation de la production alimentaire dans les pays en voie de développement, dont des tarifs plus élevés, des restrictions temporaires d'importation, l'achat par l'Etat des produits des petites exploitations agricoles, et des subventions ciblées.

Mais les règles de l'OMC laissent peu d'opportunités au pays en voie de développement pour se servir de ces outils. « Même si certaines politiques ne sont pas carrément irrégulières, elles sont fortement découragées par la complexité des règles et par la menace de poursuites légales », a expliqué M. de Schutter.

« Des efforts actuels pour établir des réserves alimentaires humanitaires en Afrique sont rendus difficiles par les règles de l'OMC. C'est le monde à l'envers. Les règles de l'OMC devraient s'adapter au droit universel à l'accès à la nourriture et non pas l'inverse. Nous devrions encourager la formulation de politiques courageuses pour améliorer la sécurité alimentaire », a dit le Rapporteur spécial.