Afrique de l'Est : le virus du manioc risque de se transformer en épidémie - FAO

16 novembre 2011

Une nouvelle variante de la maladie du manioc afflige de vastes zones d'Afrique de l'Est, en particulier la région des Grands Lacs, mettant à risque une source cruciale de nourriture et de revenus, a indiqué mercredi l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

D'après les experts de l'Organisation, la maladie de la striure brune du manioc (CBSD) est sur le point de se transformer en épidémie. Ils ont sollicité de grands renforts de financements, de recherche, de formation, de surveillance et d'autres mesures pour aider les agriculteurs et les éleveurs.

L'apparition de la maladie dans des zones précédemment indemnes et le manque de continuité des fonds pour financer les travaux de recherche et de développement sur la CBSD dans la région sont venus s'ajouter à la menace déjà présente de la maladie de la mosaïque (CMD).

Au Rwanda, une analyse de surveillance conduite par l'Institut national de recherche agronomique en 2010 a montré un taux d'infection de 15,7% des variétés locales et de 36,9% des variétés améliorées.

« Aucune des variétés de manioc actuellement distribuées aux agriculteurs semble tolérer les effets de la CBSD. Nous sollicitons de toute urgence des informations sur l'ampleur et la gravité du foyer, et pour soutenir les investissements afin d'identifier les variétés tolérant la maladie et les stratégies d'adaptation pour les agriculteurs », souligne Jan Helsen, responsable de l'Initiative régionale du manioc de la FAO financée par l'Union européenne en Afrique orientale et centrale.

Les techniciens s'efforçant d'enrayer la propagation de la maladie du manioc sont confrontés à l'enjeu que constitue sa détection rapide.

« La maladie se manifeste de différentes façons en fonction des conditions locales. Dans certains cas, les symptômes se limitent aux racines. Ce n'est que lors de la récolte qu'on peut s'apercevoir que les racines d''une plante en apparence saine ont été attaquées, avec les conséquences qui s'ensuivent logiquement pour la sécurité alimentaire », explique M. Helsen.

Le manioc peut assurer jusqu'à un tiers des apports caloriques totaux des habitants de pays comme le Burundi, l'Ouganda, le Rwanda ou la RDC.

« Grâce à la clairvoyance et à l'appui scientifique de l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA), des initiatives ont été lancées pour comprendre l'épidémiologie de la maladie - travail qui requiert davantage de soutien - et pour sélectionner et faire pousser des variétés tolérant la CBSD », ajoute M. Helsen.

Les mesures à court terme nécessaires pour lutter contre la CBSD sont notamment le renforcement de la surveillance et la conduite d'inspections périodiques; la sensibilisation accrue des communautés face à la menace de la striure brune du manioc; et la formation sur le tas des agriculteurs, comme les écoles pratiques d'agriculture de la FAO, pour introduire des pratiques communautaires visant à empêcher l'apparition ou la propagation de la maladie telles que l'élimination des plants infectés.

Parmi les mesures recommandées figurent aussi l'interdiction de la distribution de plants infectés entre districts et zones et, en cas d'infection, le recours à des stratégies d'adaptation comme la récolte précoce du manioc, avant l'apparition de symptômes et de dégâts importants.

Depuis 2006, la FAO et le Secours catholique (CRS) ont lancé deux projets régionaux sur le manioc, respectivement financés par l'Union européenne et la Fondation Bill et Melinda Gates, afin d'aider les agriculteurs vulnérables touchés d'abord par la CMD, puis par la CBSD. Les projets ont permis d'accéder à du matériel végétal exempt du virus. Les projets visent à renforcer les capacités en matière de planification préalable et la résilience des agriculteurs face aux foyers des deux maladies.

« Heureusement, l'IITA et ses partenaires nationaux dans la région sont actuellement en train de développer huit variétés résistantes à la mosaïque du manioc et montrant un certain degré de tolérance à la CBSD. Ces variétés pourraient être disponibles au cours des 18-24 mois prochains, à condition que l'on trouve des ressources pour soutenir les activités de multiplication et de distribution », ajoute M. Helsen.

Il indique que des comités directeurs nationaux du manioc ont été mis en place pour gérer la réponse à la maladie, mais ils ont besoin de davantage de temps et de fonds pour garantir la multiplication et la distribution dans toute la région de variétés tolérant la CBSD.

Une plus ample surveillance sera effectuée à nouveau cette année au Rwanda, au Burundi et en RDC, et fournira un tableau plus complet de l'apparition et de la diffusion de la maladie. Pour faire prendre conscience de l'impact du virus, la FAO et le CRS sont en train de mener une enquête rapide sur l'impact de la CBSD sur la sécurité alimentaire des ménages dans toute la région.

 

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