RDC : l'ONU s'alarme des violations des droits de l'homme avant les élections

Des casques bleus de l'ONU en patrouille en RDC.
Des casques bleus de l'ONU en patrouille en RDC.

RDC : l'ONU s'alarme des violations des droits de l'homme avant les élections

Un nombre inquiétant de violations des droits de l'homme a été commis pendant la période pré-électorale en République démocratique du Congo (RDC), selon un rapport des Nations Unies publié mercredi.

Un nombre inquiétant de violations des droits de l'homme a été commis pendant la période pré-électorale en République démocratique du Congo (RDC), de tels incidents pouvant mettre en péril le processus démocratique et engendrer des violences post électorales, affirme un rapport des Nations Unies publié mercredi.

Entre le 1er novembre 2010 et le 30 septembre 2011, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'Homme (BCNUDH) a documenté 188 violations des droits de l'homme apparemment liées au processus électoral. Ces violations portent le plus souvent atteinte à la liberté d'expression des individus, au droit à l'intégrité physique et au droit à la liberté et à la sécurité de la personne, ainsi qu'au droit de réunion pacifique. Des exemples de violences et d'atteintes à l'ordre public par des militants des partis politiques ont également été constatés.

Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'Homme (BCNUDH) est issu de la fusion en février 2008 de la Division des droits de l'homme (DDH) de la Mission des Nations Unies en RDC et du Bureau du Haut commissariat aux droits de l'homme (HCDH) en RDC.

Alors que le rapport ne répertorie pas de manière exhaustive les violations des droits de l'homme et actes de violence, les violations documentées incluent des incidents tels que des menaces de mort contre des défenseurs des droits de l'homme ayant tenu une conférence de presse au cours de laquelle ils ont dénoncé les réformes; des mauvais traitements et arrestations de civils pour le seul port de tee-shirts d'un parti de l'opposition; des convocations répétées à l'Agence nationale de renseignements; des mauvais traitements d'un civil pour avoir posé une question « antipatriotique » et l'arrestation et des mauvais traitements de quatre individus pour avoir eu une discussion politique dans un salon de coiffure.

« La préparation des élections a eu lieu dans un climat où les libertés d'expression et d'association étaient limitées », constate le rapport. « La liberté d'expression est essentielle en période électorale dans la mesure où les personnes ne peuvent effectivement exercer leur droit de vote que s'ils sont en position de prendre une décision avisée. »

« Au regard des violences engendrées par les élections de 2006, ainsi que la situation générale particulièrement précaire des droits de l'homme en RDC, les élections de 2011 (présidentielles et parlementaires) constituent un défi majeur pour les droits de l'homme, la sécurité et la consolidation de la démocratie dans le pays », ajoute le document. Les élections sont prévues le 28 et constitueront les deuxièmes élections démocratiques de l'histoire de la RDC depuis l'indépendance du pays en 1960.

La plupart des violations perpétrées impliquent directement des agents de la Police nationale congolaise ou de l'Agence nationale des renseignements.

« Je suis persuadée que le peuple congolais partage mon espoir d'élections pacifiques, libres et justes et d'exercice sans heurts de leur droit fondamental de vote », a affirmé la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay.

« Le type d'intimidation, menaces, incitation, arrestations arbitraires et violences que nous avons documentées est inacceptable et a un effet dissuasif sur les électeurs. Le gouvernement et les dirigeants des partis politiques doivent établir clairement qu'il existe une tolérance zéro contre de telles actions limitant gravement l'exercice du droit de vote », a ajouté Mme Pillay.

Ce rapport note que la situation à l'est du pays est particulièrement inquiétante. Les partis politiques auraient été visés et leurs membres placés en détention, maltraités et menacés.

La plupart des violations ont ciblé des membres et militants des partis d'opposition et en particulier ceux de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et de l'Union pour la nation congolaise (UNC).

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la RDC et chef de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUSCO), Roger Meece, a salué les progrès accomplis dans certains domaines, notamment en ce qui concerne le comportement de certaines unités de la police formées par la MONUSCO dans le maintien de l'ordre pendant les manifestations politiques. Il a toutefois exprimé son inquiétude face à la hausse de la tension politique à l'approche des échéances électorales, qui peut contribuer à un risque de violations des droits de l'homme et d'autres actes de violence.

« Il revient à chaque candidat, aux dirigeants politiques et à leurs militants de faire leur possible pour assurer des conditions adéquates pour des élections paisibles, ouvertes et démocratiques », a t-il souligné. « Le non-respect des droits de l'homme et libertés fondamentales ou de violents affrontements mettent en péril le processus démocratique et contribuent ainsi à une possible violence post électorale. »

Dans ce rapport, le BCNUDH demande instamment au gouvernement congolais d'intensifier sa coopération avec la société civile, de diffuser des messages publics appelant les agents de l'Etat, particulièrement les membres des forces de sécurité, à promouvoir et respecter les droits de l'homme et à lutter contre l'impunité des agents de l'Etat ayant perpétré des violations des droits de l'homme.

Il demande également aux partis politiques de procéder à des déclarations publiques visant à promouvoir la participation paisible dans le processus électoral et d'appeler leurs militants, particulièrement les jeunes, à s'abstenir de recourir à la violence et de respecter les lois nationales et l'ordre public.

Le rapport appelle, en outre, la communauté internationale à accroître son soutien au gouvernement, à la société civile et à d'autres acteurs, dans leurs efforts pour former les forces de sécurité et les autorités judiciaires, et promouvoir des élections libres et justes et surveiller ces élections.