Un expert de l'ONU appelle la RDC à procéder à un audit de sa dette

Cephas Lumina.
Cephas Lumina.

Un expert de l'ONU appelle la RDC à procéder à un audit de sa dette

Un expert indépendant des Nations Unies en charge des questions relatives aux dettes étrangères et aux droits de l'homme, Cephas Lumina, a appelé le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) à entreprendre un audit de sa dette, premier pas vers une amélioration de la transparence et de la responsabilité concernant la gestion et l'utilisation des ressources publiques.

« Le gouvernement a besoin d'une photographie nette de la charge que représente la dette du pays afin de pouvoir mettre en place un système de gestion transparent et efficace de la dette publique et d'éviter ainsi d'une nouvelle augmentation insupportable de la dette à l'avenir », a déclaré M. Lumina au terme d'une mission de 10 jours visant à récolter les données nécessaires à une juste évaluation.

En juillet 2010, le pays a été désigné éligible à un allègement de sa dette grâce à l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Environ 80% de sa dette extérieure s'élevant à 13 milliards de dollars devait être annulée.

« Je félicite le gouvernement pour avoir mis en place des politiques qui ont mené à un surplus budgétaire cette année et pour avoir atteint l'objectif fixé par l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) », a indiqué M. Lumina. « Ces réussites permettront aux autorités d'améliorer les services sociaux de base liés aux droits de l'homme, tels que l'eau, l'hygiène, l'éducation, la santé et le logement. »

Cependant, l'expert a relevé que la corruption, la base étroite des revenus et la fragile situation en matière de sécurité dans de nombreuses parties du pays continuent de constituer d'importants défis. « Le développement durable ne sera pas possible tant que nous n'aurons pas résolu ces questions », a-t-il souligné.

« En tant que signataire des traités internationaux sur les droits de l'homme, la RDC doit employer toutes les ressources disponibles pour permettre la réalisation des droits de l'homme », a déclaré M. Lumina, insistant sur un audit public de la dette du pays. « Même si les gains engendrés par l'allégement de la dette sont minimes, ces derniers doivent être partagés entre tous sur une base équitable. »

M. Lumina a également exprimé son inquiétude concernant les revendications exorbitantes de « fonds vautours », estimées à 400 millions de dollars. Il a réitéré son appel à tous les Etats à se doter de mesures robustes nationales et internationales pour contrecarrer l'avarice de ces « fonds vautours. »

Les « fonds vautours » acquièrent des dettes souveraines en situation de défaut à des prix très bas puis tentent d'obtenir leur remboursement à leur prix initial en passant par des procédures judiciaires, la saisie d'avoirs ou par des pressions politiques, érodant ainsi les efforts internationaux d'allègement de la dette.

M. Lumina s'est rendu en RDC sur invitation du gouvernement du 25 juillet au 5 août 2011, dans le but d'évaluer l'impact de la dette extérieure du pays sur la capacité du gouvernement à assurer la pleine jouissance des droits de l'homme et à réaliser des progrès concernant les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Un rapport complet sera présenté au Conseil des droits de l'homme en juin de l'année prochaine.