RDC : des viols en 2010 pourraient constituer des crimes contre l'humanité

6 juillet 2011

Les viols de masse commis l'an dernier dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), pourraient constituer des crimes contre l'humanité, selon un rapport du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme (BCNUDH).

Les viols de masse commis l'an dernier dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), pourraient constituer des crimes contre l'humanité, selon un rapport du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme (BCNUDH).

Plus de 387 personnes ont été violées par une coalition de groupes armés dans 13 villages sur l'axe Kibua-Mpofi, entre le 30 juillet et le 2 août. 116 personnes ont également été enlevées et 965 maisons et magasins pillés. Sur les 387 victimes de viols, il y avait 200 femmes, 23 hommes, 55 filles et 9 garçons.

« Du fait que ces attaques ont été planifiées à l'avance et menées de manière systématique et ciblée, elles pourraient constituer des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, » ont indiqué les enquêteurs dans le rapport.

La Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a regretté le manque de progrès dans les enquêtes judiciaires contre les auteurs de crimes.

« Depuis les attaques de Walikale, il y a eu plusieurs autres cas de viols et autres types de violences sexuelles qui ont été systématiquement utilisés comme armes de guerre et représailles par des groupes armés, » a-t-elle noté.

« Le gouvernement doit poursuivre ses efforts pour traduire les auteurs de ces actes ignobles devant la justice et veiller à ce que les victimes et les témoins soient protégés, étant donné le risque élevé de représailles ».

Selon les témoignages et informations recueillis auprès de diverses sources, le mobile de ces attaques était de punir et d'asservir la population locale, accusée par les assaillants de collaboration avec les forces gouvernementales.

D'après le rapport, le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé, plusieurs d'entre elles ayant préféré garder silence en raison de l'insécurité qui prévaut dans la région et de peur d'être stigmatisées et abandonnées par leurs familles.

L'Auditorat militaire près la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu a ouvert une enquête judiciaire sur ces violations des droits de l'homme et a réalisé plus de 150 entretiens avec des victimes et des témoins. Cette enquête a été plus tard suspendue en raison de préoccupations concernant la protection des victimes et a abouti à une seule mise en accusation. Certaines personnes ayant coopéré avec les autorités judiciaires militaires au cours des enquêtes ont été victimes de représailles.

La plupart des victimes « semblaient profondément traumatisées des mois après les événements », indique le rapport. « Elles n'auraient toujours pas reçu l'assistance médicale nécessaire ».

Selon le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la RDC, Roger Meece, « la colère et la frustration de la population, notamment celle des victimes de crimes horribles qui continuent à vivre dans ces zones dans une situation de grande insécurité, doivent être considérées comme un appel à l'action. »

Le rapport souligne que la faiblesse de l'autorité de l'Etat congolais dans le territoire de Walikale a été l'une des causes du contrôle des activités minières par les groupes qui ont développé le commerce d'armes dans la région, créant ainsi une insécurité manifeste pour les populations civiles. Au cours de l'enquête, des sources fiables ont donné des preuves de la complicité de certains officiers des forces armées congolaises (FARDC) avec ces groupes armés dans le trafic de minerais.

Le rapport met aussi en lumière les difficultés rencontrées par l'équipe de la Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) basée à Kibua dans l'accomplissement de son mandat de protection des civils. Depuis que ces violations ont été commises, la MONUSCO a augmenté le nombre de ses bases opérationnelles dans les zones touchées et a, de manière significative, amélioré sa logistique et son interaction avec la population civile.

« Le gouvernement congolais a la responsabilité première de protéger sa propre population; toutefois, j'ai aussi l'obligation de faire appel à la communauté internationale pour reconnaître l'insécurité qui prévaut dans la région et mieux équiper la MONUSCO pour lui permettre de s'acquitter efficacement de son mandat de protection », a déclaré Mme Pillay.

 

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