Gouvernance mondiale : Joseph Deiss appelle à oser la flexibilité et l'innovation

Gouvernance mondiale : Joseph Deiss appelle à oser la flexibilité et l'innovation

Le Président de l'Assemblée générale, Joseph Deiss.
Le Président de l'Assemblée générale de l'ONU, Joseph Deiss, a estimé mardi que pour assurer la pertinence des Nations Unies à l'avenir, il fallait oser la flexibilité et l'innovation, alors que le monde a plus que jamais besoin d'un système de gouvernance mondiale qui soit performant, représentatif et inclusif.

« Pour assurer la pertinence des Nations Unies dans le monde de 2025 et au-delà, nous devons tirer les leçons des soixante dernières années et mener à bien les réformes nécessaires. Nous devons oser la flexibilité et l'innovation pour des méthodes de travail qui soient efficaces », a dit M. Deiss lors d'un débat thématique informel sur les Nations Unies dans la gouvernance mondiale.

Il a toutefois prévenu qu'il n'était pas possible d'avoir à la fois la souveraineté de l'État-nation, la défense des intérêts nationaux, la mondialisation et un système de gouvernance mondiale efficace. « Nous devons réaliser que les réponses globales pour le bien commun nécessitent des concessions », a-t-il dit.

Selon le Président de l'Assemblée générale, trois mouvements de fond sont en cours : les défis et les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont de plus en plus souvent de dimension mondiale et ils nécessitent donc une réponse collective et coordonnée ; un rééquilibrage démographique, économique et politique est en cours au niveau mondial ; et enfin, dans sa tentative de faire face à ces nouvelles réalités, l'architecture de la gouvernance mondiale devient de plus en plus fragmentée et complexe.

On assiste sur ce dernier point, à la critique et à la marginalisation des institutions multilatérales traditionnelles et à une prolifération de groupements et d'initiatives ad hoc, a-t-il expliqué. Mais le système qui émerge est dans l'incapacité, à l'heure actuelle, de trouver une solution aux questions cruciales que sont la situation au Moyen-Orient, le réchauffement climatique, la conclusion du Cycle de Doha ou encore la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU, a-t-il ajouté.

Joseph Deiss a posé la question de la légitimité du G20 et de sa capacité à devenir un leader en dehors des temps de crise. L'efficacité ne fait pas la légitimité, a-t-il estimé, en précisant que cette légitimité est « détenue » avant tout par l'Assemblée générale de l'ONU, qui avec ses 192 États Membres et son système, un pays, une voix, est le forum démocratique par excellence au niveau mondial. Il est donc important de trouver les mécanismes de légitimation des décisions prises par le G20, en se félicitant du rapprochement entre le G20 et l'Assemblée générale.

Joseph Deiss a suggéré d'identifier le type de défis mondiaux qui vont nous occuper à l'avenir pour savoir de quel type d'entités mondiales nous aurons besoin. Ceci va aussi nous amener à nous interroger sur la façon d'être plus représentatif et plus inclusif par rapport aux acteurs non gouvernementaux, à la société civile et au secteur privé, qui jouent un rôle de plus en plus grand dans la gouvernance mondiale.

De son côté, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a constaté que l'économie mondiale avait connu une transformation « majeure » au cours des deux dernières décennies. Il a noté le rôle de plus en plus important que commencent à jouer les pays en développement dans l'économie mondiale.

Le Secrétaire général a cependant estimé que les structures de gouvernance économique mondiale ne reflétaient pas parfaitement « notre monde en mutation ». Le poids de plus en plus important des économies et des marchés émergents n'est pas suffisamment pris en compte dans les processus de prise de décisions des institutions pertinentes, a-t-il souligné. Il faut, selon lui, faire davantage pour améliorer la cohérence et l'efficacité du système multilatéral afin qu'il puisse répondre aux défis de notre époque.

Le Secrétaire général a affirmé que la légitimité, la cohérence des décisions, l'efficacité, l'efficience et la responsabilité étaient indispensables pour rendre l'ONU digne de confiance au regard des États Membres et des populations du monde.

S'agissant des relations entre le G20 et l'ONU, en particulier l'Assemblée générale, il a estimé que les échanges entre ces deux institutions avaient permis à l'ONU d'améliorer la visibilité des populations les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète.

Pour le Secrétaire général, l'ONU a un rôle « central » à jouer pour s'assurer que les décisions prises aux niveaux international et national prennent en considération les besoins des plus pauvres.

Chaque institution multilatérale a quelque chose d'important à apporter, a affirmé Ban Ki-moon pour qui, il importe donc de répartir les tâches afin d'exploiter pleinement les avantages comparatifs de chaque organisation.