Kirghizistan : la situation reste inquiétante un an après les violences

Kirghizistan : la situation reste inquiétante un an après les violences

Une femme dans sa maison détruite au Kirghizistan, en août 2010.
Un an après la flambée de violences interethniques au Kirghizistan qui ont fait plus de 435 morts, 2.000 blessés et des centaines de milliers de déplacés, de nombreux défis restent à relever tant du côté de la justice pour les victimes du conflit que de la situation des personnes déplacées, ont prévenu vendredi le Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies (HCDH) et le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), qui plaident pour des efforts en faveur d'une véritable réconciliation dans le pays.

Le porte-parole du HCDH, Rupert Colville, a souligné que, malgré les efforts du gouvernement, les lacunes du système judiciaire « continuent de poser un obstacle majeur à la réalisation de la justice pour les victimes et à l'instauration de la confiance dans l'état de droit, en particulier dans le sud le Kirghizstan ».

Les enquêtes de police sur les événements de juin 2010 ont été régulièrement accompagnées d'allégations d'extorsion, de mauvais traitements et de torture des détenus, a précisé M. Colville.

« Des informations sur des pratiques discriminatoires à l'égard des minorités nationales et ethniques du Kirghizistan sont très inquiétantes », a-t-il ajouté, soulignant que le pays évolue dans l'atmosphère chargée d'une campagne électorale présidentielle. « Nous craignons que si la discrimination et l'intolérance continuent de grandir, elles dégénèrent en violences intercommunautaires et même en conflits de grande échelle ».

Selon lui, « la justice et le principe de responsabilité sont essentiels pour permettre une véritable réconciliation et la stabilité à long terme de la région ». Le HCDH estime que les victimes devraient être en mesure de demander réparation et que le gouvernement devrait envisager l'élaboration d'un programme complet de réparations. « Le système judiciaire doit maintenir son impartialité, indépendamment de l'origine ethnique des victimes, des avocats et des accusés. Les juges doivent être guidés exclusivement par la nouvelle Constitution et les normes internationales applicables en matière de droits de l'homme », a-t-il conclu.

Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a de son côté souligné que des dizaines de milliers de personnes sont toujours déplacées dans le sud du Kirghizistan, un an après les affrontements meurtriers. Le HCR estime également que des efforts doivent être fournis pour rétablir la confiance de la population, assurer un retour durable des déplacés et permettre une véritable réconciliation.

375.000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers lors des violences de juin 2010. Selon le HCR, si la plupart des déracinés ont pu rejoindre leur maison, environ 60.000 personnes sont encore dispersées à travers le Kirghizistan et à l'étranger actuellement.

Le HCR et ses partenaires apportent leur aide à environ 280.000 personnes touchées par les événements à Osh et Jalalabad. À plus long terme, l'agence onusienne estime qu'il est nécessaire de rétablir le dialogue ainsi que la confiance entre les communautés et les autorités pour faciliter la réconciliation et une paix durable. « Nous promouvons le dialogue et la coopération entre les différents groupes par le biais de projets conjoints. Le HCR axe également son action sur les besoins juridiques et socio-économiques des populations affectées », précise un porte-parole du HCR.

L'an dernier, les violences ont éclaté dans le sud du Kirghizistan, principalement à Osh et Jalalabad, entre le 10 et le 14 juin 2010. Plus de 400 personnes ont été tuées et 375.000 autres ont été contraintes de fuir leurs foyers. Près de 75.000 personnes déplacées ont fui vers l'Ouzbékistan voisin et 300.000 ont été déplacées à l'intérieur du Kirghizistan. Plus de 2.000 maisons ont été détruites et beaucoup d'autres ont été pillées.