Pillay : le printemps arabe doit mener à une transition démocratique complète

30 mai 2011

Les mesures prometteuses prises par certains pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour répondre aux demandes de changement doivent être suivies d'autres réformes pour assurer une transition démocratique complète, selon la Haut Commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay.

Les premières mesures prometteuses prises par certains pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour répondre aux demandes de changement exprimées lors du « printemps arabe » doivent être suivies d'autres réformes pour assurer une transition démocratique complète, a souligné lundi la Haut Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies, Navi Pillay.

« L'expérience montre que la transition démocratique est incomplète si elle échoue à inclure des réformes institutionnelles appropriées », a déclaré Mme Pillay lors de son discours d'ouverture à la 17ème session du Conseil des droits de l'homme à Genève.

La chef des droits de l'homme de l'ONU a expliqué que ces réformes consistaient notamment en des processus de justice transitionnelle indispensables au bon fonctionnement du système démocratique, reposant sur un système judiciaire indépendant et impartial, des institutions nationales de protection des droits de l'homme efficaces et des forces de sécurité sous surveillance civile, afin qu'elles soient les garantes de la primauté du droit.

« L'échec à renforcer les nouvelles institutions a tendance à mener, non seulement à l'impunité pour les violations des droits de l'homme passées, mais à de nouvelles violations, à la corruption et au crime organisé », a-t-elle prévenu.

Navi Pillay a noté que lorsque des manifestations populaires s'étaient déclarées en début d'année en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, elles avaient rapidement été surnommées « le printemps arabe », une expression chargée d'optimisme et qui semble annoncer une nouvelle ère de liberté et d'espoir faisant suite à des « décennies de déni » des droits civils, des droits culturels, économiques, politiques et sociaux, ainsi que du droit au développement.

« Les premières étapes prometteuses de certains pays pour répondre aux appels au changement, y compris d'importantes réformes qui avaient été promises de longue date, sont bienvenues et devraient être davantage encouragées», a déclaré la Haut commissaire, rappelant qu'il fallait répondre avant tout aux questions ayant mené les populations dans la rue en premier lieu.

Mme Pillay a ajouté, « alors que le printemps se transforme en été, nous ressentons la chaleur de ces terribles événements dans certaines zones de la région, et nous sommes encore les témoins de revendications légitimes faisant face à la répression et la violence extrême de forces déterminées à rester dans l'obscurité de hiver ».

Elle a souligné que la brutalité et l'ampleur des mesures prises par les gouvernements libyen syrien ont été « particulièrement choquantes » dans leur non-respect pur et simple des droits de l'homme fondamentaux, et elle a aussi mentionné la « répression brutale » des manifestations à Bahreïn et au Yémen, y compris le recours à la force létale.

La chef des droits de l'homme de l'ONU a exhorté le gouvernement syrien à répondre à sa demande d'envoyer une mission d'information, tandis que le Bureau du Haut Commissaire aux droits de l'homme (HCDH) doit se rendre au Yémen à la fin du mois de juin, et le gouvernement de Bahreïn a répondu la semaine dernière à sa demande d'envoyer une mission dans le pays.

« Le recours à la force létale ou excessive contre des manifestations pacifiques viole non seulement les droits fondamentaux, y compris le droit à la vie, mais contribue à exacerber les tensions et à engendrer une culture de la violence », a déclaré Mme Pillay. « La réponse appropriée des autorités est d'engager un dialogue national pour répondre aux demandes légitimes des manifestants. »

La Haut commissaire aux droits de l'homme a encore estimé que la répression ne mettra pas fin à « l'aspiration inexorable et légitime des populations à faire valoir leurs droits et à exiger la construction d'un Etat qui cherche à les protéger et à les servir, plutôt qu'à servir l'intérêt exclusif de ceux qui gouvernent ».

Elle a enfin souligné la nécessité d'associer la société civile et les médias à la construction de ces nouvelles démocraties.

 

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