Côte d'Ivoire : un rapport de l'ONU confirme des exactions de miliciens libériens

19 mai 2011

Après avoir déployé une mission d'experts à Dabou, Irobo et Grand Lahou, la Division des droits de l'homme (DDH) de l'Opération des Nations Unies pour la Côte d'Ivoire (ONUCI) a conclu dans un rapport publié jeudi que des violations flagrantes des droits de l'homme ont été perpétrées par des miliciens et des mercenaires libériens au début du mois de mai alors que les forces loyales au Président Alassane Ouattara prenaient progressivement le contrôle du pays.

« Les deux visites de terrain à Dabou, Irobo et Grand Lahou ont permis de confirmer les violations flagrantes des droits de l'homme qui s'y sont produites, notamment des violations du droit à la vie à travers des exécutions sommaires et extrajudiciaires, ainsi que des violations du droit à la propriété, perpétrées par les miliciens et autres mercenaires libériens sur les populations de Dabou, d'Irobo et de Grand Lahou », précise le rapport.

Selon les experts, le 4 mai dernier, les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) ont vaincu le dernier bastion des miliciens et des mercenaires libériens localisé dans la commune de Yopougon à Abidjan à l'issue de violents combats. Ces mercenaires ont pris la fuite et sont alors passés par Songon, sur l'axe Abidjan – San Pedro en vue de rejoindre le Libéria. Lors de leur repli, les miliciens et mercenaires libériens ont commis plusieurs atteintes au droit à la vie et à l'intégrité physique dans au moins trois localités, notamment à Dabou, Irobo et Grand Lahou (130 km au sud-ouest d'Abidjan).

L'ONUCI a dépêché une équipe d'experts spécialistes des droits de l'homme les 9 et 11 mai sur le terrain, afin d'enquêter sur les exactions commises par les miliciens et mercenaires contre les populations civiles de ces localités.

Selon la DDH, le nombre de miliciens et mercenaires était estimé entre 200 et 300 éléments, dont au moins quatre femmes. Ils parlaient l'anglais, le dioula et un français approximatif. Ils étaient habillés en civil, d'autres étaient torses nus ou totalement nus et d'autres encore portaient des cache-sexes. A Songon, les miliciens et mercenaires ont réquisitionné un camion de transport de produits vivriers qui les a déposés en trois vagues à Dabou (45 km au sud-ouest d'Abidjan) où ils sont arrivés le 4 mai 2011 vers 5h00 du matin. Ils ont ensuite effectué un repli à Irobo et Grand Lahou après des affrontements armés avec les FRCI.

A l'issue des enquêtes, la Division des droits de l'homme de l'ONUCI a établi qu'au moins 55 personnes ont été tuées par les mercenaires et miliciens lors de leur repli vers le Libéria. Au moins six personnes ont été tuées à Dabou, 17 à Irobo et 32 personnes à Grand Lahou. La majorité de ces victimes sont des allogènes burkinabés, maliens, nigériens. A Irobo, ces personnes ont été tuées chez elles. A Grand Lahou, elles ont été tuées sur la route reliant Dabou à Fresco.

Une femme malinké aurait été violée à son domicile à Irobo par les miliciens et mercenaires qui l'accusaient d'avoir soutenu les « rebelles ». Les miliciens et mercenaires libériens ont aussi incendié plusieurs maisons et boutiques appartenant populations baoulés et malinkés, principalement à Irobo. En signe de représailles, le 5 mai, les populations malinkés auraient attaqué deux hôtels tenus par des habitants pro-Gbagbo, dont un hôtel dénommé “hôtel Sebroko”, conclut le rapport de DDH.

Par ailleurs, le 9 mai dernier, l'équipe d'experts en matière des droits de l'homme de l'ONUCI a trouvé les corps de 68 personnes qui pourraient être les victimes d'une milice loyale à l'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo. Les corps ont été découverts dans dix fosses communes disséminées dans le quartier de Yapongou, situé en périphérie d'Abidjan.

 

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