Iraq : des progrès mais encore des défis à relever, selon l'Envoyé de l'ONU

Iraq : des progrès mais encore des défis à relever, selon l'Envoyé de l'ONU

Des enfants iraquiens.
« L'Iraq a fait des progrès notables ces derniers mois, mais les défis demeurent », a estimé vendredi le Représentant spécial de l'ONU dans le pays, Ad Melkert, lors d'une séance du Conseil de sécurité consacrée à la situation sur le terrain au cours des quatre derniers mois.

« Alors que l'Iraq a fait des pas de géant ces dernières années dans la transition vers la démocratie, dont l'adoption d'une constitution, la tenue d'élections nationales crédibles, la formation d'un gouvernement et la création d'un environnement ouvert pour les médias et la société civile, le peuple iraquien demande aujourd'hui les dividendes promises par les dirigeants politiques », a-t-il expliqué devant les 15 membres du Conseil.

Pour le diplomate onusien, tant que « ces attentes ne sont pas comblées, les gains politiques et démocratiques engrangés sonnent creux pour les Iraquiens ordinaires ».

Dans ce contexte, Ad Melkert a insisté sur la nécessité pour les autorités iraquiennes de répondre aux attentes des Iraquiens, notamment celles des moins de 35 ans qui représentent 78% de la population du pays.

« Nous avons initié des discussions avec le Premier ministre sur les manières dont l'ONU pourrait soutenir plus encore les efforts de son gouvernement dans ce domaine », a-t-il expliqué, avant de préciser qu'une « liste de projets pouvant être rapidement mis en œuvre et développés avait été soumise au gouvernement, dans le domaine de l'emploi des jeunes, des services de santé et de nutrition, de la gestion des déchets, de la distribution de rations alimentaires et de l'accès à l'eau potable ».

« Des initiatives spécifiques ont aussi été proposées pour soutenir le dialogue entre gouvernement iraquien et la société civile, en insistant sur la promotion des droits de l'homme », a-t-il encore indiqué.

Evoquant ensuite la situation politique et sécuritaire dans le pays, Ad Melkert s'est dit « préoccupé par l'absence d'accords entre les composantes du nouveau gouvernement de coalition sur l'attribution de ministères clés pour la sécurité ». Devant le Conseil de sécurité, le Représentant de l'ONU a appelé « les dirigeants iraquiens à mettre rapidement de côté leurs différends et à boucler la composition du nouveau gouvernement ». Il a également rappelé l'importance de cette étape dans le contexte d'instabilité dans la région et de persistance de violences intercommunautaires.

« L'appel au changement des Iraquiens reflète aussi les attentes du peuple de voir les droits de l'homme respectés plus fortement et plus systématiquement », a-t-il poursuivi, se référant à des interdictions de manifester décrétées par les autorités, qui ont été suivies par des répressions violentes de rassemblements et des restrictions imposées aux médias assurant la couverture de ces évènements.

Selon Ad Melkert, « les autorités doivent prendre des mesures pour s'assurer que les droits de l'homme sont respectés » dans ces circonstances. Il a également souligné que la Mission d'assistance des Nations Unies pour l'Iraq (MANUI) dont il a la responsabilité travaillait aujourd'hui « avec le parlement iraquien pour mettre en place une Commission nationale des droits de l'homme indépendante et transparente ».

Enfin, dernier point sur lequel le Représentant de l'ONU est revenu, la résolution des différends existants sur le tracé des frontières internes des provinces de l'Iraq. Pour Ad Melkert, « la stabilité et la prospérité de l'Iraq à long terme dépend des progrès réalisés dans la réconciliation nationale, et en particulier, la résolution du différend sur le statut de Kirkouk ».

Il s'est en particulier inquiété des évènements qui se sont déroulés en février, et du déploiement de 5.000 peshmerga kurdes autour de la ville de Kirkouk, après une journée de mobilisation et de manifestations dans cette province, que se dispute toujours le gouvernement central de Bagdad et le gouvernement autonome régional du Kurdistan.

Devant le Conseil de sécurité, il a regretté que le mouvement de troupes des peshmergas se soit produit « sans coordination avec le Mécanisme combiné de sécurité établi entre l'armée iraquienne et les unités peshmergas kurdes ». « Ces évènements soulignent le besoin de discussion sur l'avenir de ce mécanisme et les moyens de résoudre les différends internes sur les frontières internes du Kurdistan », a-t-il ajouté, précisant que la MANUI « explorait avec le gouvernement et les dirigeants politiques, les moyens d'assurer la tenue d'un tel processus de dialogue » et qu'un accord avait été obtenu le 27 mars, entre les représentants du gouvernements et les chefs de partis politiques de travailler avec la MANUI sur ce problème récurrent du Mécanisme combiné de sécurité.

Pour conclure son exposé, Ad Melkert a tenu à exprimer sa considération aux Etats membres de l'ONU qui ont autorisé une augmentation du budget de la mission onusienne en Iraq, « afin de lui permettre de répondre aux défis énormes auxquels elle doit faire face ».

« J'ai observé le début du démantèlement de murs de protection ces derniers mois à Bagdad, c'est un symbole considérable des progrès réalisés après des années de guerre, de conflit et de sanctions, pour offrir la normalité dans la vie quotidienne des Iraquiens, » a-t-il dit.